En suivant le GPS

Publié le par Albocicade

 

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Quelques jours de congés, un escapade en solitaire (puisque les autres cigales sont soit au travail, soit à l’école) direction l’Ariège.

Départ dimanche avant l’aurore, quelques heures de route puis, au niveau de Carcassonne, je bifurque sur la gauche : il y a un monastère dans le coin, et je suis dans les temps pour participer à la liturgie.

Dans la chapelle, je suis simple laïc.

Fatigue de la route, ressourcement de la prière, présence du Sauveur…

Après la liturgie, je vais voir le moine acolyte, pour lui demander conseil : j’ai remarqué que son encensoir est toujours prêt quand il faut… Avec bonté, il accueille mes questions, me répond dans un français plein de bonne volonté. « Vous êtes roumain ? » « Non, brésilien… »

Il me faut reprendre la route : je suis encore à plus de deux heures de mon objectif.

En quittant le chemin du monastère, je vois que le GPS m’invite à prendre la direction opposée à celle que j'envisageais. Allons, bon ! Puisque rien ne presse, partons à la découverte.

Quelques kilomètres plus loin, un village au nom familier : St Polycarpe.

St Polycarpe de Smyrne, un sacré martyr !

Et puis aussi, c’est une vieille histoire, St Polycarpe et moi : un des premiers textes patristiques que j’ai lu.

Le village est petit, l'église médiévale magnifique.

Je me gare. La porte est ouverte. Dans le vestibule (qui est aussi la base du clocher) un escalier vertigineux.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e7/Stpoly.JPG

Puis l’église, toute en longueur. Si l'extérieur est impressionnant, l'intérieur semble plus banal.

Au mur, un tableau représentant le Christ en croix avec, de part et d’autre, St Polycarpe et St Benoît : il est vrai que l’église était l’abbatiale d’un monastère bénédictin. D’autres tableaux, très XVIIIe siècle, trop sombres. Sous l'autel, des reliquaires anciens…

Banal ? Je lève les yeux : là-haut, quoique relativement effacées, des fresques romanes, splendides (ici, ou encore , par exemple)

 

Il faudrait pouvoir se rapprocher, mieux éclairer, mais déjà ce que je vois est impressionnant.

Mon regard redescend et, surprise, arrive sur une icône grecque de St Polycarpe, offerte par la famille d'un nommé "Polycarpe", justement.

La boucle est bouclée.

Du coup, j'ai eu envie de rendre plus accessible les documents concernant Polycarpe : la lettre qu'il écrivit aux chrétiens de Philippe, la lettre que St Ignace lui écrivit, et bien sûr, le récit de son procès et de son martyre.

J'ai rassemblé tout ça dans un document que j'ai mis en ligne sur Scribd et sur Archive.

 

Et qu'il me soit permis de le faire aussi comme une sorte d'hommage à celui de qui je suis redevable d'à peu près tout ce que je sais au niveau patristique : tandis que j'étais là, dans cette église, il vivait ses derniers instants sur terre…

Que Dieu l'accueille et le fasse reposer dans un lieu duquel sont absent la peine, la tristesse, les gémissement et lui accorde une mémoire éternelle ! 

Publié dans Cigale patristique

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thanatonpatisas 05/12/2011 09:18


je ne peux... pardonnez-moi...

thanatonpatisas 05/12/2011 09:17


Beau récit, je le partage.


Ah, l'église de Saint-Polycarpe ! ces vestiges de fresque nous laissent présager d'une merveille hélas disparue... je ne peut y entrer sans un grand sentiment de tristesse.


 

Albocicade 04/12/2011 19:04


Hélas, je ne me déplace que très rarement avecun appareil photo...


Toutefois, je profite de ce commentaire pour apporter quelques précisions concernant le récit du martyre de Polycarpe. En effet, une lectrice attentive a été surprise du fait qu'il y soit
question de manière récurrente des "athées" et des "juifs". Ceci mérite d'être expliqué.


L'empire romain, dans sa diversité, admettait avec plus ou moins de bonheur les différentes religions des peuples conquis, en contrepartie de quoi les nouveaux membres de l'empire devaient
honnorer Rome et la Fortune de César et, pour le moins, faire fumer de l'encens en leur honneur à titre de sacrifice. Il s'agissait d'un rite à portée au moins autant politique que religieuse :
en effet, jurer par la fortune de César, c'est faire acte d'allégeance et de fidélité à l'Empire.


Seuls les Juifs bénéficiaient d'une situation d'exception en ce que leur monothéisme avait été reconnu comme religion autorisée. De la sorte, les Juifs, considérés en tant que nation, n'avaient
pas à sacrifier sur les autels de Rome : ils devaient en revanche prier leur Dieu pour la conservation de César. Il n'existait donc, dans l'Empire, que des personnes "religieuses". Les chrétiens
- qui tout en ne constituant pas une nation conquise bénéficiant d'un régime particulier et se refusant à sacrifier - constituaient un cas à part : ils étaient des "athées", et du coup suspect
d'être des éléments dangereux pour la cohésion de l'Empire (malgré les protestations de fidélité qu'ils n'auront de cesse de placer dans leurs apologies).


Pour les chrétiens, en revanche, le paganisme romain n'est rien d'autre qu'une absence de vérité divine, les païens sont donc, à proprement parler des "athées", quoique religieux.


D'où le côté surréaliste du dialogue entre le proconsul et Polycarpe : "Jure par la fortune de César, dis à bas les athées" et Polycarpe ragardant la foule dit "à bas les athées".


D'autre part, puisque les chrétiens sont considérés comme potentiellement suspects, les Juifs ont tout intérêt à montrer leur attachement à l'Empire en se distanciant au maximum de ces "mauvais
citoyens" pour ne pas être englobés dans l'accusation de déloyauté. Comme par ailleurs les relations sont mauvaises entre les Juifs et les chrétiens (accusés de "piller" le trésor de Ecritures)
il n'est pas étonnant qu'au moins certains d'entre eux aient fait du "zèle".

Laurence 03/12/2011 16:40


l'art roman en pays cathare! splendide de sobriété et de puissance.


Pas de photo de l'icône de St Polycarpe?