Eloge de la cordonnerie

Publié le par Albocicade

http://img.over-blog.com/600x399/2/84/32/15/photos6/photos6-6328_DPP-faucon-pelerin-Vert-le-Petit-91.jpg

 

Chacun sait que le faucon plane haut. Son vol vif et précis fait l'admiration de tous.

Le vrai, en revanche, semble moins digne d'intérêt.

Pourtant, ne serait-ce que par contraste, le vrai est presque indispensable au bonheur.

Qui n'a jamais eu mal aux dents durant des jours ne connaît pas le bonheur qu'il y a de mâcher sans angoisse.

Et qui donc sait apprécier un simple verre d'eau, sinon celui qui – ayant marché en plein soleil pendant des heures – arrive enfin à la petite source indiquée sur la carte ?

 

Ainsi en est-il du vrai : autant sa rencontre est irritante, autant après…

Mais, reconnaissons-le, les vrais sont rares, et il ne convient pas de leur assimiler les grincheux d'un moment : ces derniers ne nous laissent guère de souvenirs.

Tandis que les vrais !!!

Je me souviens d'un en particulier.

Je n'étais que depuis peu à mon poste actuel, et sans doute manquais-je de pratique. Toutefois, je fus abasourdi quand un "interlocuteur" qui s'attendait à un passe-droit se mit à m'agonir d'injures (encouragé en cela par sa digne épouse) lorsqu'il comprit que son attente resterait déçue.

Cela se passait en fin de journée, et je rentrais chez moi bouleversé, m'attendant à ce qu'il revienne le lendemain, supputant les risques que cette seconde  fois, son agression ne soit pas que verbale.

Il n'est pas revenu, et les jours passant, je fis une découverte étonnante : l'immense majorité de mes interlocuteurs sont des gens charmants, agréables, souriants.

Avant cet incident, je les trouvais parfois ternes, agaçants, exigeants…mais là, je découvrais que, avec des gens normaux,  même en cas de désaccord, les choses pouvait se passer bien.

 

Alors, quand je repense à "mon fâcheux" de ce jour là, j'ai même une petite pointe de tendresse : en quelques minutes de son art, il m'a donné de quoi apprécier mon quotidien pendant des mois, des années…

 

Toutefois mon goût pour sa pratique reste modérée.

Aussi, paraphrasant Brassens, je lui dirais que, même si  je ne lui en garde pas rigueur…

 

Ne te crois pas du tout tenu de revenir,
Ta moindre récidive abolirait le charme,
Laisse moi je t'en prie, sur un bon souvenir.

 

NB : Le groupe de lettres "rdo" s'est pudiquement glissé dans le titre de ce billet : que nul cordonnier ne m'en tienne rigueur.

 

Publié dans Vie quotidienne

Commenter cet article

le lecteur 10/05/2010 14:35



Merci pour ce joli rayon de soleil, gageons qu'une hirondelle fasse le printemps pour une fois