Cigales mythiques

Publié le par Albocicade

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Chacun connaît la Cigale crève-la-faim de ce bon M. de La Fontaine. Le thème a été repris à l'envie, amplifié, détourné, déformé…

 

Mais qui se souvient de Tithon, un des fils de Laomédon ? Ce pauvre Tithon, qui fut – par le désir d'Eos – doté d'une vie sans fin. Sans fin, certes mais pas sans les multiples maux qui accompagnent le grand, le très grand age… Et  Tithon vieillissant, abandonné par Eos, se racornissant indéfiniment fut – ainsi le raconte la légende – finalement transformé en cigale…

 

Plus gaie est l'anecdote qui mit aux prises Eunome de Locre et Ariston de Règhe en une joute mélodique. Alors qu'il jouait en se surpassant, et en tentant de surpasser Ariston, Eunome cassa une corde de sa cithare. C'en était fait de ses espoirs lorsque, se posant sur le manche de l'instrument, une cigale suppléa par son chant à la corde manquante, assurant au Locrien une victoire… sur le fil.*

On raconte que, de ce jour,  les monnaies battues à Locre portaient l'effigie d'une cigale.

 

Enfin, peut-on cheminer dans l'Antiquité grecque sans aller, au petit soir, écouter Anacréon vanter les mérites de la bestiole ailée ?

C'est donc son ode 43 que je vous livre dans la traduction rimée que J.B. de Saint Victor donna en 1813.

 

O Cigale mélodieuse !
Que ta destinée est heureuse!
Que tu vis sous d'aimables lois !
Dans les parfums de la rosée
Tu t'enivres, reine des bois!
Puis, sur un vert rameau posée,
L'écho retentit de ta voix.
Les fruits que prodigue l'automne,
Les biens qu'apporte le printemps,
La faveur des Dieux te les donne,
Dans le bocage et dans les champs.
Des guérets hôte pacifique,
Ta vue est chère au laboureur;
Nous aimons ton chant prophétique,
De l'été doux avant-coureur.
Les Muses daignent te sourire ;
Et tu tiens du dieu de la lyre
L'éclat de tes joyeux accents.
Sur toi, la douleur ni les ans
N'exercent jamais leur empire

Des bois oracle harmonieux,

Fille innocente de la terre,

Ta substance pure et légère

Te rend presque semblable aux dieux.

 

Mais de toutes ces cigales du monde hellénique, aucune – non, vraiment aucune – n'égale en mon cœur celles d'Astérios le Sophiste, et qui, au cœur de la campagne antiochienne chantent :


"Seigneur, notre Seigneur,

qu'il est admirable ton nom sur toute la terre!"

 

* NB : Cette histoire, rapportée dans la Géographie de Strabon (VI 1. 9), est aussi citée par Clément d'Alexandrie dans le prologue de son Protreptique.

Publié dans Cigale en prière

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