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Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 14:37

prostitute

 

Parfois, après le travail, et afin de m'éviter une correspondance supplémentaire, je sortais du métro à "Anvers" pour gravir la Butte Montmartre jusqu'au minuscule logement qui m'abritait, rue Berthe.

C'était au siècle dernier, alors que je travaillais dans quelqu'hôtel coûteux du côté du Boulevard St Honoré.

Et là, dans la montée, il m'est arrivé de me faire héler par des femmes. Des femmes "de mauvaise vie" bien sûr, quartier oblige.

Une fois les formalités effectuées (au nombre desquelles un refus poli mais dépourvu d'ambiguïté de leur offre), quelques échanges ont pu avoir lieu.

Un en particulier les résumait tous.

Outrancièrement maquillée comme (paraît-il) il se doit, elle se rit de mon refus, nargue en moi une supposée virilité qui devrait – selon elle – me précipiter vers elle. Sans émotion, je lui signifie la persistance de ma  fin de non recevoir, expliquant qu'il n'est pas dans les usages des chrétiens d'avoir recours à leur commerce. Je poursuis, mettant pêle-mêle en cause les méthodes de recrutement, les difficultés de quitter ce milieu, les violences qui s'y exercent…

Elle triomphe : elle et ses copines, c'est un choix de vie délibéré, personne ne l'a forcée, et si elle continue, c'est sa liberté de femme. Quant aux "chrétiens", elle pourrait m'en raconter !

Je me garde d'émettre une opinion sur ses "chrétiens", mais par contre, en ce qui la concerne, je ne la crois pas ; et le lui dit, simplement.

Rapidement, elle se rend compte qu'elle n'a rien à attendre, mais non plus rien à craindre de moi. Et là, à moi qui suis un parfait étranger, elle s'entr'ouvre un peu.

Bien sûr, tout son beau discours précédent, c'est du flan : il faut bien se vendre... Elle se raconte un peu, pas beaucoup, suffisamment pour me laisser entrevoir sa détresse, celle de ses "copines"…

 

Pourquoi évoquer ce souvenir maintenant ?

 

En fait, il y a quelques semaines, à mon poste de travail, une interlocutrice d'un instant me parle d'un livre traitant des violences faites aux femme qu'elle vient de publier. Ce qui ne manque pas de susciter mon intérêt. Quelques jours plus tard, elle revient et me confie un exemplaire de ce livre, "Centaure".

C'est un livre d'une écriture plutôt difficile, rude (ce qu'on appelle, paraît-il, une "écriture baroque"), au vocabulaire parfois cru et qui – dans un soucis d'authenticité – n'échappe pas toujours aux clichés. Pourtant, au-delà de la question littéraire (que chacun appréciera selon ses critères propres), "Centaure" me semble présenter un intérêt pratique : il pointe du doigt (et même appuie fortement) là où ça fait mal: ces blessures intérieures, ces "accidents de parcours" (odieux euphémisme) qui font que l'on accepte, et même que l'on "choisit" ("temporairement", bien sûr) la prostitution comme mode d'existence.

Et aussi, toute cette confusion des sentiments, des espoirs, des dégoûts…

 

Ne nous y trompons pas : "Centaure" n'est pas une étude, un documentaire. Non, c'est un roman.

Un roman dérangeant, donc, qui est paru en mai 2010, aux éditions "Chèvre Feuille Etoilée".


Quant à moi, j'attend que l'auteure repasse, pour pouvoir lui restituer ce livre qu'elle m'a si aimablement prêté.


Publié dans : Cigale sociale - Voir les 4 commentaires - Ecrire un commentaire
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