Casse-toi, tu pues !

Publié le par Albocicade

 

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Qu'est-ce qu'il lui prend, à la cigale, d'accueillir ses visiteurs comme ça en ce début d'année ?

Non, bien sûr, il ne s'agit pas de cela, mais d'une info qui me laisse songeur.

C'est dans le bulletin de décembre de l'Acer-Russie :

 

"Les grands froids tant redoutés sont donc arrivés. Les personnes à la rue cherchent un abri, des tuyaux de chauffage, des cartons dans une encoignure de porte, une cave, une baraque de chantier abandonnée. Un petit endroit pour au moins se protéger du vent, un petit recoin qui donne l'illusion de la chaleur. Mais à St Petersbourg, elles ne pourront, par exemple, pas entrer dans le métro. Le règlement proscrit les vêtements sales ou souillés, un délit de mauvaise odeur est maintenant envisagé."

 

Alors oui, bien sûr, les SDF, clodos et autres "habitants de nulle part" ont des fringues crasseuses et bien souvent puantes.

Et au jeu du "ils ont / ils n'ont pas", on pourrait dresser une liste à la Prévert.

 

Ils ont :

Une histoire personnelle qui s'est dégradée peu à peu ou qui s'est brisée brutalement.

Des pieds trop souvent en mauvais état.

Un ressort intérieur qui ne fonctionne plus, rendant toute bonne résolution d'une extrême fragilité.

Des addictions multiples à l'alcool, aux stupéfiants, aux toxiques en tous genres, d'abord pour s'éclater, puis pour supporter la souffrance, puis parce que c'est comme ça…

Des projets à la pelle, dont pas un ne verra le jour.

Des nippes, loques et autres habits dépareillés, reçus dans quelque vestiaires, ou volés à aussi pauvre que soi.

Un ouvre boite, parce que s'il y a bien un outil précieux, c'est bien celui-là.

Des douleurs un peu partout…

 

En ce qui concerne ce qu'ils n'ont pas, la liste est aussi expressive, quoique différemment.

En effet, ils n'ont pas :

Un endroit où se poser, se reposer sans risquer de se faire voler, dépouiller, molester.

Un endroit où stocker les quelques affaires qu'ils ont pu garder (ou voler)

Un endroit où se laver, laver et faire sécher leur linge, de manière à se tenir propre.

Un endroit où se sécher et se changer quand ils ont pris la pluie.

Un endroit pour se tenir confortablement à l'abri quand le vent fait mine de vouloir traverser tout ce qui est sur son passage…

 

Alors, c'est vrai, il y a des SDF dont les effluves agressent furieusement les nez, même les plus aguerris (il y a même telle situation, vieille de plus de dix ans que je ne peux me remémorer sans qu'aussitôt mon estomac cherche désespérément à fuir.)

C'est vrai aussi que les métros (que ce soit en Russie, en France ou ailleurs) sont faits pour transporter des personnes, et non pour abriter les misères urbaines.

 

Pourtant, et malgré toutes les "bonnes raisons" que l'on voudra, il y a quelque chose de fondamentalement faussé, qui fait que cet hypothétique "délit de mauvaise odeur" a quelque chose de… puant.

 

Pour mémoire, j'avais, il y a un peu plus d'un an, mis en ligne quelques références anciennes, et toujours d'actualité.


Publié dans Cigale sociale

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