Après s'être séché les mains

Publié le par Albocicade

savon

 

 

"Il a été crucifié pour nous sous Ponce-Pilate"

Voila comment le nom de Pilate est resté dans l'Histoire : le haut fonctionnaire qui a ordonné l'exécution de Jésus, malgré l'intervention intempestive de son épouse ; l'homme qui "se lave les mains" des conséquences de ses actes ; et même, l'homme qui, posant une question, se détourne pour ne pas entendre la réponse.

Voila du moins l'image que l'Occident en a gardé.

C'est donc tout logiquement que dans la Légende Dorée (dans la fin de la section sur la Passion du Sauveur), Pilate, condamné à une mort honteuse par, Tibère se suicide : une mort lamentable pour un homme lamentable.

 

Aussi, lorsque j'ai tout dernièrement, et fortuitement, appris que des chrétiens avaient porté ce nom, et même, qu'en diverses églises orientales*  Pilate, le Ponce Pilate des Evangiles est considéré comme un saint martyr, j'en ai été d'abord bien surpris. Pourtant, c'est un fait, il existe, transmis en garshouni et en éthiopien, un long récit (à la valeur historique des plus douteuses !) qui raconte comment, ayant constaté les miracles qui se produisaient au Tombeau de Jésus, Pilate offrit un grand banquet pour les pauvres, se réjouissant avec sa femme, Procla** de la résurrection du Sauveur, et comment il fut finalement mis à mort, crucifié à cause de sa foi au Christ.

 

Alors, une fois qu'il s'est séché les mains, qu'est devenu Pilate ?

Faut-il le laisser figé pour l'éternité en pleutre dans son geste aussi absurde (puisqu'il ne trouvait rien de condamnable en Jésus) que criminel  ? Après tout, cette condamnation ne fut pas son dernier acte, il vécut encore des années.

Faut-il au contraire en faire un saint martyr ?

Au fond, à mon niveau, peu importe. D'ailleurs, il est fort douteux que nous puissions accéder un jour à la réalité historique concernant la fin de Pilate : celle-ci appartient à Dieu.

 

Et justement, puisque c'est à Dieu que la réalité appartient, comment aurais-je le droit de porter un regard définitif, un jugement inexorable et éternel sur qui que ce soit.

Ce qu'une personne peut devenir, je n'en sais rien.

Toute personne peut évoluer, changer en bien… ou non.

Mais ce n'est pas à moi d'en décider, et du coup je n'ai pas le droit de l'enfermer dans l'image que je m'en suis fait (même légitimement) à un moment donné.

 

Voila pourquoi ce regard différent porté sur Pilate dans ces légendes m'interpelle.

 

Un grand merci à Софья Моисеева qui a évoqué l'aspect technique de cette question sur le forum du NASCAS

 

Notes

*Même si je n'ai pas d'information sur les pratiques actuelles, Ponce Pilate a été (est ?) considéré comme un martyr dans les Eglises Copte, Ethiopienne et même Syriaque.

** La mémoire de Ste Procla, l'épouse de Pilate, est fêtée le 27 octobre dans l'Eglise orthodoxe.

***J'ai placé ici la traduction anglaise du "Martyr de Pilate" (et son corollaire, les "Lamentations de la Vierge"). Pour le texte arabe de ces deux documents, voir ici.

Publié dans Vie quotidienne

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Iago 21/11/2012 17:04


Encore moi ! Le "séché les mains" m'intrigue. Où avez-vous trouvé que Pilate ait été dit avoir séché ses mains ? Dans Mt 27, 23 on trouve seulement le verbe aponiptô (= aponidzô): se
laver (littéralement nettoyer en lavant). Rien de plus. La B. J. renvoie à trois passages de l'A. T. (Dt. 21, 6  ; Ps. 26, 6 et 73, 13) où le fait de se laver les mains est lié à une
protestation d'innocence. Ce qui fait du procurateur romain un fin connaisseur de la Loi et des Psaumes. Mais il se peut que vous ayiez cité le texte de mémoire, ... ou pratiqué une license
poétique ... ou cédé à la trompeuse logique cartésienne qui veut que lorsqu'on se lave les mains on les sèche nécessairement ensuite ... ou encore autre chose.


Pardonnez-moi ! Merci de nous donner l'occasion, à l'heure de la récréation, de chipoter sur des riens (non sans un délicieux soupçon de mauvaise foi consciente).Un exercice bien plaisant,
le diable probablement ...

Albocicade 19/11/2012 21:09


Bon Iago, merci pour votre précision. Il va de soi que je me plaçais sur un plan uniquement "terrestre", voire "académique".

Iago 19/11/2012 19:40


"D'ailleurs, il est fort douteux que nous puissions accéder un jour à la réalité
historique concernant la fin de Pilate : celle-ci appartient à Dieu."


Et c'est précisément parce quelle appartient à Dieu que nous connaîtrons un jour
toute la réalité historique dans les moindres détails et dans toute sa profondeur : nous en percevront toute la providentielle cohérence pour notre malheur si nous sommes en bas, pour notre
éternelle réjouissance si nous sommes en haut. Nos lectures interprétatives actuelles des données historiques et nos théories sur le sens et les lois de l'histoire nous paraîtrons jeux d'enfants
lorsque nous passerons de la vision terrestre caleidoscopique des faits historiques à la bonne perspective, le point de vue divin, et que tous les fragments épars, les vérités partielles et
superficielles s'ordonneront, s'uniront et s'illumineront selon le sens plénier de l'amour trinitaire...