A vue d'oreille

Publié le par Albocicade

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L'autre soir, quittant bien las mon poste de travail, je passe devant un homme qui semble attendre.

Vaguement empêtré dans mes pensées, je vois à peine qu'il me regarde. D'ailleurs, je m'en fiche : d'une part, je suis fatigué et aspire juste à me reposer un peu ; d'autre part, je ne le connais pas, ce vieillard.

Je suis sur le point de passer silencieusement devant le vieil homme, marquant d'un simple hochement de tête le fait que je le salue, lorsque j'entends à côté de moi une voix amie : "Comment ça va, toi ?"

Coupé dans mon élan, je le regarde. Non, décidément, ce vieillard chenu, quasiment chauve, affichant bien ses 90 ans au compteur de la vie ne me rappelle rien.

D'un autre côté, il n'y a que lui et moi à cet endroit, et j'ai bien reconnu la voix qui s'est adressée à moi.

Alors, je comprends. Ce vieux papy qui me regarde avec un bon sourire, c'est Jeff. Il a seulement vieilli de presque trente ans depuis la dernière fois que l'on s'est vu… il y a deux ou trois mois.

 

Ce vieillissement a un nom : chimiothérapie.

Mais s'il ne m'avait pas parlé, je ne l'aurais jamais reconnu.

C'est sa voix, l'intonation, une certaine "manière de dire" qui a signé son identité : c'était lui, aucun doute n'était possible. Et nous avons discuté, échangé, heureux de nous voir, d'être ensemble pour quelques instants.

 

Puis, lorsqu'il est reparti vers ses montagnes, je suis resté songeur.

Et, à la réflexion, je comprends mieux certains passages de l'Evangile : Marie de Magdala au tombeau, ou encore les disciples d'Emmaüs : c'est à quelque chose d'imperceptible qu'ils ont reconnu Jésus.

 

Et bien sûr, cette parole de Jésus :

 

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent, et il les conduit dehors. Lorsqu'il a fait sortir toutes ses propres brebis, il marche devant elles; et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. Elles ne suivront point un étranger; mais elles fuiront loin de lui, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers.

Evangile selon St Jean

http://academic.brooklyn.cuny.edu/history/dfg/jesu/shep.jpg


Publié dans Vie quotidienne

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Block Michel 30/07/2012 15:24


Bonjour, et merci pour ce blog que je trouve simple et beau.


Je me demande si, en plus de la voix, ce qui nous permet de reconnaitre un être aimé ne tient pas aussi dans ce qu'il dit ou fait pour se faire connaitre : "Marie ! " dit le Christ; et Marie
alors, de reconnaitre celui qui lui parlait déjà. "Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu'on dit les prophètes" dit-il aux marcheurs d'Emmaüs (une façon, que je trouve pleine de
compassion, de leur dire qu'il sont à côté de la plaque. Je le reçois comme une marque d'affection plus que comme un jugement sur leur difficulté à croire). Et votre ami, qui vous tape sur
l'épaule et vous appelle, faisant comme allusion au "bon vieux temps", d'avant son épreuve. Bref, de l'amour, qui circule, entre les protagonistes d'une rencontre.


Merci en tout cas pour ce que vous nous donnez à lire.
Fraternellement,


Michel.

Laurence 27/07/2012 00:34

On dit que la voix est un second visage...votre histoire en est une belle illustration.