Petite présentation de l'Eglise orthodoxe

Publié le par Albocicade

C'était en 2007.  Les protestants de mon village avaient émis le souhait de venir voir une liturgie orthodoxe, et, dans la mesure du possible, d'y participer. Cependant, afin de ne pas se trouver totalement dépaysés dans un contexte par trop différent, ils ont - avant d'affréter un car - invité un prêtre orthodoxe pour une petite conférence dont il m'a été demandé de faire l'introduction.

C'est cette introduction que je vous livre aujourd'hui




L'Eglise orthodoxe est peu connue en France. On ne retient en général d'elle que ses moines barbus (que l'on trouve parfois représentés dans des livres ou sur des CD de musique), ses icônes (bien évidemment exposées dans des musées), et le faste de ses liturgies réputées interminables. Tout ceci est parfaitement exact, mais franchement réducteur.


Faisons un petit tour d'horizon, en quelques mots dont voici la liste :

Jésus Christ - Liturgie - Beauté - Icônes - Tradition - Moines - Sacrement du frère -


1 - Jésus Christ

L'existence de l'Église repose sur un événement, sur un constat de fait qu'il convient de rappeler. Dans le contexte du judaïsme, à l'époque romaine, des personnes constatent que leur "rabbi", qui s'était souvent comporté à l'égard du monde environnant de manière surprenante (ne se contentant pas d'enseigner la proximité de Dieu, il faisait des choses aussi étonnantes que  guérir des personnes en quelques mots, ou calmer une tempête de la même manière), leur rabbi qui avait été condamné à mort et exécuté par l'autorité romaine d'occupation n'était pas resté "prisonnier" de la mort. Il s'en était "relevé". Vous aurez reconnu dans ce "rabbi" Jésus de Nazareth, et dans les témoins, ceux que l'on appelle les "apôtres".

Là se pose, pour les apôtres et pour toutes les générations qui ont suivi, la problématique du témoignage : comment dire ce qu'ils ont constaté, et qui échappe pour une bonne part à leurs cadres de pensées habituelles ?

Il leur fallut se remémorer les événements de la vie de Jésus, ses paroles et ses actes surprenants, les relire à la lumière des écrits des "prophètes" d'Israël pour voir comment cela concordait de manière étonnante. Mais comment parler de Jésus ? Que dire qu'il était ? La première communauté balbutiait des "Envoyé de Dieu", "Messie", "Serviteur de Dieu", pour finalement oser les inconcevable "Seigneur Jésus" et "Fils de Dieu". Car si, dans le contexte de l'époque, le dire "Envoyé de Dieu", "Messie", "Serviteur de Dieu" est relativement envisageable, le nommer "Seigneur" ou "Fils de Dieu", c'est le placer dans le cadre de la divinité. Une étude détaillée des textes qui nous sont parvenus des apôtres, et qui constituent le "Nouveau Testament" nous montre que les premiers chrétiens, qui étaient juifs, affirment à la fois le monothéisme et une participation unique de Jésus à la divinité, sans pour autant tenter une synthèse, une conciliation entre ces éléments à priori antinomiques. Se basant sur des faits, ils n'élaboraient pas une théorie cohérente, ils se bornaient à témoigner de ces faits, et de leurs implications.

Dans la fidélité au témoignage des apôtres, l'Église orthodoxe a toujours maintenu, face à toutes les tentatives de simplification, ou de rationalisation, la participation unique du Christ à la nature divine.  (voir le Symbole de Nicée-Constantinople, et la confession de foi de Chalcédoine en annexe)


2 - Liturgie

La liturgie orthodoxe est réputée pour sa beauté... et sa longueur. Au-delà de ces premiers aspects, c'est toute la philanthropie divine (l'amour de Dieu pour l'humanité) qui est célébrée chaque dimanche. La liturgie, c'est le cœur palpitant de l'Eglise orthodoxe : malgré ce que d'aucuns appellent son "décorum", ce n'est pas un spectacle. On n'assiste pas à une liturgie, on y participe. C'est dans la liturgie principalement que s'exprime la foi de l'Eglise orthodoxe en Dieu Trinité, présent au monde, sauveur de sa création, attentif à nos misères. La liturgie s'entremêle de "Béni soit le règne du Père et du Fils et du Saint Esprit" et de "Seigneur prends pitié". Quoique la liturgie soit fixée, on ne récite pas les prières, on les vit, on les accomplit.

Debout, parce que relevés de la mort par la résurrection du Christ, le chrétien orthodoxe vit la liturgie comme un moment d'absolue unité de l'Eglise. Non seulement les fidèles présents, mais encore les anges, les saints de toutes les générations, toute l'Eglise au grand complet est unie, présente pour l'annonce de l'Evangile et la communion eucharistique.


3 - Beauté

L'Église orthodoxe entretien un lien particulier avec la beauté. Que ce soit dans sa liturgie, dont le faste est comme une évocation de la splendeur de Dieu, dans ses icônes et ses fresques, dans son architecture, ou encore (quand cela est possible) dans l'implantation de ses églises. Cela vient du fait qu'en grec, langue du Nouveau Testament, le beau et le bon se doivent d'être intimement liés. Ainsi, quelque chose de mauvais en soi ne saurait être considéré comme  véritablement beau, et réciproquement. J'illustrerai ceci par un exemple : nous connaissons tous ce passage où Jésus se définit comme "le Bon Berger". En fait, le texte grec du Nouveau Testament porte "le Beau Berger", mais la traduction "bon berger", même si elle n'est pas "littérale" est tout à fait juste. Aussi cet attrait pour la beauté, comprise comme une expression de ce qui est bon, se retrouve-t-il partout. D'un vieux moine, vivant l'amour du Christ et le laissant transparaître, on dira que c'est un "beau vieillard" (caloyeros), pour se souhaiter de joyeuses fêtes de Pâques, on dit, en Grèce "Kalo Pascha !" ; "Belle Pâques", et l'un des ouvrages les plus marquants de la spiritualité orthodoxe a pour titre la "Philocalie", c'est-à-dire, "l'amour de la beauté".



4 - Icônes

Comme ce mot l'indique, l'icône est une image. Mais pas n'importe quelle image. Pas même une image pieuse. C'est une image théologique, une image d'Église : son écriture relève de critères déterminés par l'Église, et elle exprime la foi de l'Eglise. Si la part de l'iconographe n'est pas négligeable, celui-ci ne peut en revanche pas laisser "libre cours" à son imagination : l'iconographe est membre de l'Église, reconnu par elle. Il est donc prioritairement au service de l'Église, au service du Christ, avant d'être un artiste (traditionnellement, les icônes ne sont pas signées, dans la tradition russe). L'icône tient une place éminente dans la vie de l'Église, en particulier dans la liturgie. Elle est l'affirmation que Dieu, par nature irreprésentable, s'est montré en Jésus Christ. De même, pour les icônes des saints, ce ne sont pas à proprement parler des portraits, mais pour reprendre une expression de saint Paul qui disait "ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi", c'est encore le Christ, vécu par tel martyr, tel chrétien qui est montré sur l'icône. Enfin, dans la vie quotidienne du chrétien orthodoxe, l'icône est un rappel, un appel, une fenêtre sur le ciel.


5 - Tradition

On a coutume de désigner l'Église orthodoxe  comme l'Église des Pères, l'Église des 7 Conciles. De fait, il est vrai que l'Église orthodoxe est fondamentalement attachée à la foi reçue et transmise dans la fidélité. Les luttes âpres que l'Église eut à mener pour sa survie tant matérielle (lors des multiples et diverses persécutions) que spirituelle (face à des tentatives aussi maladroites et que désordonnées de définir Dieu), ces luttes ont été gagnées par des chrétiens étonnants : les "Pères de l'Eglise". Martyrs, évêques, théologiens, parfois les trois à la fois, ils ont laissé des témoignages, des écrits de défense de la foi, des commentaires de la Bible, des catéchèses, des hymnes liturgiques, des définitions dogmatiques pour sauvegarder la foi des apôtres. Ces "pères" sont partie intégrante de l'Église orthodoxe qui lit les Écritures avec eux, prie le Seigneur avec leurs mots - nos mots. Leur foi est notre foi, notre Église est la leur, depuis les apôtres.


6 - Monachisme

Si l'Église orthodoxe célèbre l'amour de Dieu pour l'humanité, elle est aussi concernée par la réponse de l'homme, de la femme, à l'appel de Dieu. Tant que le pouvoir politique persécutait les chrétiens, la réponse humaine pouvait aller jusqu'à ne pas refuser de mourir, en réponse à l'amour du Sauveur. Lorsque l'Église eut le droit d'existence dans l'Empire romain, certains de ceux qui voulaient  vivre un engagement radical décidèrent de "partir au désert". Lutter contre leurs propres passions, lutter contre le "diable", le "diviseur" qui nous morcelle, nous fragmente, travailler à retrouver notre unité intérieure, devenir "monos" c'est-à-dire "un" : "un en soi" et "un en Dieu".

Mais le moine n'est pas coupé de la société. Moines et laïcs se rencontrent, vivent en bonne harmonie. Et lorsque certains furent tentés d'affirmer que l'état de moine serait supérieur à celui du mariage et qu'en conséquence, il faudrait l'imposer à tous les prêtres, c'est un ermite, ascète confirmé, qui prit la défense du mariage : mariage ou vie monastique sont deux voies d'égale valeur pour vivre l'évangile.


7 - Sacrement du frère

C'est par cette expression que saint Jean Chrysostome désigne la réponse que nous devons apporter à l'enseignement de Jésus sur la valeur du prochain.

A l'époque où les chrétiens étaient persécutés, cela se manifesta entre autre par des médecins qui soignaient gratuitement les pauvres (on les appelle "anargyres", c'est-à-dire soignant "sans argent", comme par exemple les saints Cosme et Damien) et qui furent exécutés par le pouvoir romain comme "détournant les foules" de l'adoration des idoles.

Lorsque la religion chrétienne obtint droit de cité dans l'Empire, on vit apparaître les premiers "établissements de soin", les premiers "hôpitaux", à destination des plus pauvres, à l'initiative de chrétiens. Ce n'est pas un hasard si les liturgies habituellement employées dans l'Église orthodoxe (Liturgie de St Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople, et liturgie de St Basile, archevêque de Césarée de Cappadoce) portent les noms de deux des plus grands théologiens, et que ces théologiens furent aussi de grands défenseurs des plus démunis, et à l'origine d'établissement de soin. Lorsque le christianisme fut "religion d'État" (que ce soit dans l'Empire byzantin ou en Russie), les grands monastères (dont la richesse a parfois pu choquer) avaient aussi des établissements de soin, des lieux d'accueil pour miséreux... et quand saint Nil de la Sora (une sorte de François d'Assise du Nord de la Russie) insistait avec force sur la nécessité de la pauvreté évangélique, saint Joseph de Volokolamsk (représentant l'ordre établi des puissants monastères) répondit que la "richesse" des monastères n'est pas une possession égoïste, mais a pour unique objet final l'accueil des pauvres, qui est aussi un commandement du Seigneur.

L'Église donna raison à l'un et à l'autre.


Je pourrais parler encore de l'organisation de l'Église orthodoxe, qui est en fait composée de nombreuses Églises autonomes, indépendantes, mais en communion les unes avec les autres ;  de la place des fêtes liturgiques rythmant la vie des chrétiens orthodoxes - et en particulier de Pâques, la Fête des fêtes  ;  de la succession d'épisodes qui aboutit en 1054 à une séparation entre les Églises d'Orient (de langue grecque) et l'Église de Rome (et de langue latine) ; des relations des Églises orthodoxes avec les autres Eglises, de bien d'autres choses encore, mais par ces quelques mots, je pense avoir déjà donné un aperçu de ce qu'est cette Église orthodoxe.



Annexe

Le symbole de Foi

Nicée-Constantinople.

(381 après Jésus-Christ)

Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles ;

et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait. Pour nous, les hommes, et pour notre salut, il est descendu des cieux ; par le Saint-Esprit il s'est incarné de la vierge Marie et s'est fait homme; il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate ; il a souffert ; il a été enseveli ; il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, il est monté aux cieux ; il siège à la droite du Père et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts, Lui dont le règne n'aura pas de fin ;

et en l'Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui vivifie ; qui procède du Père ; qui ensemble avec le Père et le Fils est adoré et glorifié ; qui a parlé par les prophètes ; en une seule Église sainte, catholique et apostolique. Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés. Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle à venir.

Amen.


Définition  du Concile de Chalcédoine (IVe Œcuménique)

5e session, 22 octobre 451


Suivant donc les saints pères, nous enseignons tous unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l'humanité, un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l'unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée à cause de l'union, la propriété de l'une et l'autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus Christ, selon que depuis longtemps les prophètes l'ont enseigné de lui, que Jésus Christ lui-même nous l'a enseigné, et que le Symbole des pères nous l'a transmis.



Publié dans Ecologie - théologie

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