Arbeit macht frei

Publié le par Albocicade


"Le travail rend libre". C'est en substance ce que des gens qui n'étaient pas des plaisantins avaient inscrit en lettres d'acier à l'entrée de camps qui n'avaient que peu de rapport avec le "Club Méditerranée".

Je sais que la comparaison va beaucoup trop loin, et cependant, je ne peux m'empêcher d'être inquiet par rapport au projet visant à banaliser le travail du dimanche : il est toujours possible, en utilisant des slogans soigneusement choisis, de donner une image positive, rassurante, d'un projet... néfaste.

Lorsque j'étais boulanger, il a bien fallu que je travaille le dimanche. Et aussi le samedi, d'ailleurs. De sorte que, contractuellement - au début du moins - je n'avais jamais aucun "week-end". C'était une petite boulangerie, et il n'était pas question de pratiquer autrement. C'était bien sûr, sur la base du volontariat : libre à moi de ne pas accepter... et d'aller chercher du travail ailleurs.

Et puis, bien sûr, pas de vacances en été non plus, tant qu'on y est : quand on est dans une région touristique...

Par chance, lors d'un renouvellement de mon contrat - alors que j'étais en position de force - j'ai pu obtenir un dimanche libéré par mois (enfin, sauf en été...) Au grand maximum 10 liturgies par an... les jours de repos en famille.

J'ai tenu quelques années, avant de chercher autre chose.

Mais c'était de la boulangerie de village, difficile de faire autrement. Il y a encore d'autres "secteurs d'activité", comme les hôpitaux, ou l'élevage qui doivent tourner tous les jours.

Par contre, lorsqu'il s'agit de centre commerciaux, je ne vois pas bien l'intérêt... et je vois beaucoup mieux les inconvénients.

C'est vous dire si, lorsque je suis tombé sur la lettre ouverte (ou ici en pdf) que Patrice Gourrier - je veux dire, le Père Gourrier - a envoyé au président Sarkozy, je l'ai lue avec intérêt. D'autant que je ne suis pas un fan inconditionnel de ce prêtre catholique qui se commet sur une radio périphérique dans une émission qui relève - à mon sens - plus du "bistrot du commerce" que d'une saine analyse des problèmes actuels.

Je dois dire que j'ai trouvé le propos juste, équilibré.


Et s'il faut choisir un slogan,
plutôt que
"Travailler plus pour gagner plus"*
ou que
"Laisser à ceux qui le souhaitent la liberté de travailler le dimanche"** ,
je choisis
"L'économie est faite pour l'homme et non l'homme pour l'économie"


* Ce qui n'est valable que pour ceux qui ont un emploi...

** Tiens, on retrouve l'association des thèmes "travail / liberté"... Par ailleurs, lorsqu'une entreprise (commerce ou autre) choisit un autre jour de fermeture que le dimanche, cela exclue pratiquement la "liberté"  de "ne pas" travailler le dimanche... par exemple pour aller prier en Eglise ?


Addenda
Le
patriarche Alexis II de Moscou est décédé hier : "Mémoire éternelle"



Publié dans Vie quotidienne

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Lionel DUCROS 19/12/2008 23:03

Ce qui me choque le plus, c'est l'expression "ressources humaines" qui réduit la dignité de l'homme à un simple "matériel de production"