Les testimonia

Publié le par Albocicade

 


Il y a longtemps, j'étais allé au Louvre, avec un ami (moi qui aime tant
les musées).

Allant d'une pièce à l'autre, nous n'étions pas toujours côte à côte. C'est ainsi que je le découvris, en larmes, devant le tableau de Rembrandt "Les pèlerins d'Emmaüs".

Par discrétion (et un peu aussi parce que je me suis senti dépassé) je me suis abstenu de poser des questions.

Quelques années plus tard, au détour d'une conversation, il me livra incidemment la clef de cet épisode.

Nous devisions à propos de la vie du Christ, et de quel moment en particulier nous aurions aimé être témoin. C'est là qu'il me dit : "un moment en particulier que j'aurais aimé vivre, c'est lorsque le Ressuscité commençant par Moïse et par tous les prophètes, leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait." (Luc 24.27)

Justement le passage des Pèlerins d'Emmaüs.

C'était donc cela, ses larmes : l'émotion d'y être presque...

Et c'est vrai que ce dialogue a du être passionnant : découvrir dans les textes des prophètes, dans les récits de l'Ancien Testament se dessiner de plus en plus précise la silhouette du Messie attendu, jusqu'à ce qu'il soit reconnaissable.

Hélas, de ce discours, nulle trace écrite.

Le livre des Actes des Apôtres abonde de passages nous montrant les disciples discutant avec leurs coreligionnaires Juifs, et s'appuyer sur les textes de la Thora pour tenter d'expliquer ce qu'ils avaient constaté : Jésus est ressuscité, il est le Messie annoncé par les prophètes. Que ce soit Pierre à Jérusalem, le diacre Philippe en auto-stop, Paul au cours de ses voyages, ou encore Apollos...

Et durant les premières décennies, des recueils de "témoignages" de l'Ancien Testament (des "testimonia", comme on dit en latin) ont été constitués... Que sont-ils devenus ? Pour le moment, aucun n'a encore été mis au jour.

Le plus ancien de ces recueils qui ait traversé les siècles est probablement le traité "A Quirinus" de Cyprien de Carthage.

Comme ce genre de traité a pour objet de permettre aux Juifs de découvrir que Jésus de Nazareth est bien le Messie promis, dans des discussions qui tournaient parfois plus à la polémique qu'au témoignage, il a fini par prendre, comme sous-titre, le nom "contre les Juifs". C'est non seulement dommage, c'est idiot : ce traité n'est pas "contre" les Juifs, mais "pour" les Juifs

Bref, ce traité, qui n'était plus accessible en français depuis longtemps, je l'ai mis en ligne, disponible à télécharger...

 

 

Publié dans Cigale patristique

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