Ephrem le Syrien

Publié le par Albocicade


Chacun sait (ou peut-être pas), que la prière qui rythme le Grand Carême, dans l'Eglise orthodoxe, est appelée "Prière de St Ephrem".

Mais, qui est St Ephrem le Syrien ?

 

Pour moi, son nom est associé à la Bible, à la prière et à la fidélité en amitié.

 

La première fois que j'en ai entendu parler, c'est à propos d'un palimpseste déchiffré par Tischendorf en 1842. Une Bible manuscrite du Ve siècle qui - étant devenu illisible, l'encre ayant pâli au fil des siècles - fut réutilisé 700 ans plus tard pour copier une traduction grecque des œuvres de St Ephrem.

Je le connaissais comme le "codex C", mais son nom est "codex ephraemi rescriptus".

Lortsch, dans l'annexe sur les manuscrits de son "Histoire de la Bible en France" indiquait qu'il se trouvait à la Bibliothèque Nationale, à Paris.

Je me suis donc rendu à la BN un samedi (c'était avant la "nouvelle"Bibliothèque), imaginant naïvement que je pourrais voir le manuscrit.

A peine m'accorda-t-on un "laisser-passer" pour la salle des catalogues. Là, un bibliothécaire fort civil, tout en m'expliquant que je ne pourrais certes pas voir le manuscrit lui même (il a tout de même 1500 ans), me proposa de repasser en semaine pour consulter les microfilms.

Comme je ne pouvais pas revenir, il m'envoya à la section grecque de l'IRHT, au Collège de France, où se trouvait aussi une copie du microfilms.

Je fus très aimablement reçu par un chercheur, prêtre Jésuite, qui m'installa une visionneuse.

Un palimpseste, c'est déjà difficile à déchiffrer ; mais là... les réactifs chimiques employés au XIXe siècle pour faire réapparaître la première écriture formaient des taches impénétrables.

Du coup, j'ai passé plus de temps à discuter Manuscrits, Bible, Prière avec ce chercheur qu'à essayer de déchiffrer d'improbables mots à moitié effacés.

 

Au moment de nous séparer, il me dit : "Nous avons beaucoup parlé de la prière, ne serait-il pas temps de passer à la pratique ?"

Et quittant son fauteuil, il s'agenouilla sur le sol, au milieu du bureau.

Instant inoubliable.

Il m'avait dit auparavant : "En tant que Chercheur au CNRS, et que prêtre Jésuite, j'ai un privilège... que je partage avec un enfant de 5 ans ; celui de pouvoir appeler Dieu : Père."

Ce n'était pas une figure de style.

Depuis ce moment (il y a plus de 20 ans), nous sommes devenus amis.

Pour moi, St Ephrem le Syrien c'est d'abord cette rencontre.

 

Plus tard, en lisant les récits d'un pèlerin russe, j'ai vu qu'il était question des homélies de St Ephrem. Après pas mal de recherches, j'en ai trouvé une traduction sur internet. Comme il semble que le site qui les proposait soit devenu inaccessible, je vous renvoie vers l'édition numérique source, sur Gallica.

 

Enfin, lorsque j'ai connu l'Eglise orthodoxe, j'ai découvert cette prière qui rythme le Grand Carême et qu'on appelle "Prière de St Ephrem".

J'en donne la traduction que nous utilisons, mais il en existe d'autres :

 

*

Seigneur et maître de ma vie,
Eloigne de moi l'esprit de paresse, d'abattement,
de domination et de vaine parole
*
Mais donne à ton serviteur
un esprit d'intégrité, d'humilité, de patience et d'amour
*
Oui, Seigneur Roi,
donne-moi de voir mes péchés
et de ne pas juger mon frère
Car tu es béni dans les siècles des siècles.

Amen.

 

 

 

Publié dans Cigale patristique

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Albocicade 21/07/2013 17:28


Je viens d'apprendre que le Codex Ephraemi rescriptus est maintenant consultable en ligne (et en couleur), sur le site de la BNF. Pour les curieux...