Requiescat

Publié le par Albocicade

A quelques reprises, quatre ou cinq peut-être, je vous en avais parlé. Cinq billets seulement, c'est peu, sans doute, mais ce blog n'est pas exactement un "journal intime"[1].
Après une vie toute de labeur et une retraite active qui s'est délitée sur les dernière années (j'en ai parlé ici, , ou encore là, mais je ne dirais rien de plus), Dame ma Mère a achevé son chemin terrestre.
 
Il y a un mot curieux, dans notre langue, c'est le mot "cimetière".
Curieux, parce que rien en lui ne permet de deviner son sens : c'est juste le calque français d'un mot latin calqué sur un mot grec. Le terme grec koimétérion (κοιμητηριον, qui a donné coemeterium en latin) ne désignait à l'origine pas un lieu pour déposer les défunts (pour cela, on employait le terme nécropole [νεκρόπολις = ville des morts]) mais un… dortoir.[2]
Or, un dortoir, c'est un lieu où l'on prend du repos avant de se relever au matin, frais et dispos.
Aussi, les chrétiens ont choisi ce terme pour désigner le lieu où les défunts sont en attente de la résurrection.
Et St Jean Chrysostome en parle ainsi :
Vous voyez comment partout [dans l'Ecriture sainte] la mort est appelée sommeil. Voilà pourquoi ce lieu où nous nous trouvons est nommé "dortoir" (κοιμητηριον = cimetière), mot consolant, mot profond et plein de sagesse. Aussi, lorsque vous amenez ici un défunt, ne vous désespérez pas : ce n'est pas dans un dépôt de mort que vous l'amenez, mais dans un lieu de repos et de sommeil. Le seul nom du lieu suffit pour adoucir votre perte. Pensez au lieu où vous l'amenez, et à quel moment nous sommes :c'est après la mort de Jésus-Christ, lorsque ce Fils de Dieu a détruit la puissance de la mort. Ainsi le lieu et le temps doivent être pour nous des sources abondantes de consolation.[3]
Voila aussi pourquoi nos prières évoquent le "repos"[4] du défunt.
Accorde, Seigneur, à l'âme de ta servante
le repos dans un lieu lumineux, verdoyant et frais,
loin de la souffrance, de la douleur et des gémissements.
 
Oui, repose en paix, ma douce Maman.
 
Notes
[1] Et d'ailleurs, un "journal intime" mis sur la place publique n'aurait rien d'intime, n'est-il pas ?
[2] Si la question vous intéresse, il y a par exemple cette étude
[3] Chrysostome : Homélie sur le mot coemeterium et sur la Croix, PG 49. 393, et trad française ici (par exemple)
[4] D'où l'expression "resquiescat in pace", qu'il (ou elle) repose en paix.
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