Socrate, Pythagore et le Roi sage

Publié le par Albocicade

"Qu'avons-nous encore à dire, lorsque les sages sont menés sous la contrainte par les mains de tyrans, que leur sagesse est emmenée en captivité par la calomnie et qu'ils sont méprisés pour leur clairvoyance, sans pouvoir se défendre ?

Quel profit les Athéniens ont ils tiré du meurtre de Socrate ? En punition de ceci ils ont reçu la famine et la peste. Ou les gens de Samos pour avoir brûlé Pythagore ? En une heure leur pays tout entier a été recouvert de sable. Ou les Juifs pour leur sage roi ? À partir de ce temps-là leur royaume a été pris.
Dans sa justice, Dieu a vengé la sagesse de ces trois-là, car les Athéniens sont morts de famine, les Samiens ont été irrémédiablement submergés par la mer, et les Juifs, après avoir été combattus et chassés de leur royaume, sont dispersés partout.
Mais Socrate n'est pas mort, grâce à Platon ; ni Pythagore, grâce à la statue d'Héra ; ni le sage roi, à cause des lois nouvelles qu'il a données."
 
J'avais croisé ce texte il y a bien des années, sans lui porter grande attention : tout au plus était-il précisé qu'il provenait d'une lettre en syriaque ayant pour auteur un certain Mara Bar-Serapion, et à cette époque, pour vérifier une source, il fallait se rendre dans une grande ville, trouver une grande bibliothèque, et avec un peu de chance dénicher des publications spécialisées qui traitaient du sujet.
Mais "les temps changent" comme on dit, et il y a deux ou trois jours, alors qu'ouvrant le même bouquin, je retombais sur la même citation, je me mis en quête d'informations...
Il ne me fallut guère plus de quelques minutes pour trouver des informations quelque peu substantielles, et même une traduction française de la Lettre : à priori la première jamais réalisée.
Mais que je présente un peu notre auteur et son oeuvre...
Que sait-on de l'auteur ? Rien, ou si peu. Mara est un païen de langue syrienne qui se trouve en exil du fait des Romains. Lettré et cultivé, il prend la vie et ses déboires avec philosophie, allant jusqu'à répondre à un de ses compagnons de chaîne qui lui demandait ce qui le faisait sourire :
"Je ris à cause du destin : il ne m'a jamais rien emprunté de mal, et pourtant, il me rembourse..."
C'est donc cet homme qui écrit une sorte de lettre-testament à son jeune fils, qu'il appelle affectueusement son "Petitout", son "Bébé", pour l'encourager à vivre en homme, en philosophe face aux vicissitudes du destin, puisant ses exemples dans les années passées ou dans les innombrables histoires de l'Antiquité classique.
C'est dans ce cadre-là qu'il cite Socrate, Pythagore et le "sage roi des Juifs". Mais s'il est aisé de savoir doù il tenait ses informations sur Socrate ou Pythagore, le "sage roi des juifs" dont la mort1 avait signé la fin du royaume des Juifs ne manqua pas de susciter l'interrogation : n'était-ce pas là une allusion à Jésus, crucifié en tant que "Roi des Juifs" par Pilate quelques décennies avant la prise de Jérusalem et la destruction du Temple ?
Un épisode dont il aurait pu entendre parler par des chrétiens...
Bref, cette lettre a été retrouvée au Deir al-Sourian, le fameux "Monastère des Syriens" dans le wadi Natroun en Egypte en 1843, et publiée en 1855.
 
C'est en 2018 seulement qu'elle a eu une traduction en français par Izabela Jurasz, dans le cadre d'un étude intitulée
 
La traduction a été placée en annexe, après le texte syriaque, donc à partir de la page 123, la partie concernant le "Roi sage" se trouve § 42-47
 
Au fait, l'illustration, c'est une "visite au Monastère des Syriens" publiée en 1891 dans "The Graphic".
 
La petite note
1Le texte ne mentionne pas la mort du roi sage, mais le parallélisme de construction ne laisse pas place au doute.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article