Alphasyllabaire

Publié le par Albocicade

L'une des premières choses à faire, avant de pouvoir lire – ou tout au moins déchiffrer péniblement – un texte, c'est de déterminer quel est le type d'alphabet dont il est fait usage.

Une fois ceci établi, on n'est pas au bout du chemin, puisqu'en général de nombreuses langues se partagent les mêmes lettres.

Pour un chinois ou un laotien, identifier qu'un texte est rédigé en alphabet latin (c'est à dire, le nôtre) n'indique pas si le texte est anglais, français, allemand, oromo1, italien, portugais, turc, roumain, breton, polonais et j'en passe.

Il en est de même pour le fidäl, ce syllabaire-alphabétique à la base du guèze et de l'amharique (et de plein d'autres langues) dont je vous ai gratifié, en haut de cette page, d'un exemplaire.

En faisant un petit effort, vous pourrez y lire l'arrivée de Jacob chez son oncle Laban, puisqu'il s'agit d'un folio d'une "Bible" éthiopienne contenant Genèse 29.11-162.

A la différence des notre alphabet, qui fait se succéder les lettres, qu'elles soient consonnes ou voyelles, pour les associer en sons, syllabes et mots ; les "alphasyllabaires" n'ont que des consonnes, mais des consonnes qui se modifient en fonction de la voyelle qu'elles portent. Un système de vocalisation qui en vaut bien un autre...

Bref, ceci pour dire que, dernièrement, alors que nous étions de passage chez une amie, aimable moniale s'adonnant au travail du bois, je vis dans la pièce qui lui tient lieu d'atelier la reproduction d'une enluminure éthiopienne – l'archange St Michel, il me semble – dont je pense qu'elle envisageait de s'inspirer pour quelque oeuvre de gravure.

Un peu plus loin, sur un mur près de la porte d'entrée, je remarquai un petit panneau suspendu : orné d'un décor en entrelacs sur un fond ocre rouge assez typique, il comportait une inscription dont la graphie m'évoqua immédiatement une des plus belles églises du monde : St Georges de Lalibella.

Mais était-ce du gèze, de l'amharique ou encore une autre langue, c'est ce que je n'aurais su dire.

J'étais là à rêver de lointain devant cette plaque lorsque j'entendis Dame mon Epouse tenter de déchiffrer l'inscription à mi-voix.

Or, si je ne connais à peu près rien aux langues éthiopiennes (et à bien d'autres, en vérité), Dame mon épouse en sait – si cela est possible – moins encore : il y avait donc quelque chose d'incongru dans ce déchiffrement.

Pourtant, alors que mes yeux erraient sur ces caractères où je croyais discerner une origine chamito-sémitique, mes oreilles entendaient de la voix de mon épouse : "Ermitage sainte Marie...".

Bougre d'âne que j'étais !

Notre amie moniale ne bouda pas son plaisir : sa calligraphie "à la manière de" était tout à fait satisfaisante...

Les petites notes...

1Celle-là, je suis sûr que vous ne la connaissez pas... Et pourtant, l'oromo compte quelque chose comme 35 millions de locuteurs...

2Le cliché est emprunté à l'octateuque (Pentateuque + Josué + Juges + Ruth) conservé à la British Library sous le code Or 480 pour elque je n'ai trouvé que ce cliché. Par contre, le manuscrit Or 481 (Octateuque + évangiles) est intégralement numérisé, pour une visite qui vaut le détour...

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