Non cuillériste

Publié le par Albocicade

En milieu de semaine, un coup de fil :

"Bonjour, juste pour te dire que dimanche il y aura le Père Untel de passage, et qui accepte de célébrer la liturgie. Du coup, je t'informe, si tu veux venir..."

Si je veux venir ? Au fond de moi remonte le verset du Psaume :

"Je suis dans la joie quand on me dit : Allons à la maison du Seigneur"

Le dimanche suivant, le prêtre est là. Il vient du Sud, de tout en bas et pour lui ici c'est déjà le Nord. Je le connais un peu, pour avoir une fois où l'autre discuté avec lui par téléphone, mais c'est la première fois que nous nous rencontrons. Lorsque j'arrive, un autel à été improvisé à l'extérieur de la chapelle juste devant la porte. Déconfinement oblige je suppose.

Le chœur s'installe à l'extérieur aussi. Nous nous ne sommes pas nombreux, une quinzaine tout au plus. Revêtu du sticharion de rigueur, je fais de mon mieux pour suivre la liturgie : si je ne me trompe pas, c'est ma première liturgie de 2020 :je patauge un peu.

Il fait grand beau, mais une petite brise s'amuse à éteindre les cierges. Qu'importe ! Je ressort pour l'occasion la lanterne que j'avais fabriquée, il y a des années pour la procession de la nuit de Pâques.

Vient le moment de la communion. Suspense... Que va-t-il se passer ? Car, vous ne l'ignorez pas, une certaine tension se fait jour actuellement entre ceux qui considèrent que la Liturgie est immuable et qu'il n'y a pas à y changer quoi que ce soit au prétexte d'une éventuelle épidémie, et ceux qui considèrent que la foi ne nie pas la raison et qui pensent que les lois naturelles ayant été créées par Dieu (et qu'il est légitime de penser que la contagion est un phénomène naturel), une saine conception de la Providence veut que la découverte par l'homme du phénomène de la contagion et des moyens de s'en préserver est une délicatesse de la part de Dieu, qu'il nous faut accueillir avec gratitude.

Les premiers, qui mettent comme un point d'honneur à communier avec la même cuiller de communion "comme cela s'est toujours fait"1 semblent vouloir vivre cela comme un défi, voire comme un "exploit ascétique", et ne craignent pas de douter que les autres aient encore la foi ; tandis que pour le seconds dédaigner les mesures de précaution touchant la réception de l'eucharistie, c'est un peu mettre Dieu à l'épreuve. Or "Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu."

Un dialogue sourd, en quelques sortes, entre ceux que que dans mon désarroi je nomme "cuilléristes" et "non-cuilléristes".

Je n'ai pas demandé au prêtre comment il compte procéder, et du coup, j’attends, interrogatif.

Finalement, il place sur un côté de l'autel un bac avec plusieurs cuillères, et un pot avec de l'alcool à 90. Pour chaque communiant, il prend une nouvelle cuillère, qu'il place ensuite dans le pot.

Chacun s'avance, et reçoit la communion avec "crainte de Dieu, foi et amour", et manifestement, nul n'a été choqué par cette adaptation à la situation actuelle2.

Moi non plus, d'ailleurs.

Les petites notes, comme d'hab...

1En fait, l'usage de la "sainte cuiller" pour la communion ne remonte pas au-delà du XII° siècle, et il n'est absolument pas contestable que la pratique liturgique a longuement évolué avant d'être celle que nous connaissons aujourd'hui.

2Et pour tout dire, il ne me semble pas même que cela ait fait l'objet de commentaires lors des agapes qui ont suivi la Liturgie.

Publié dans Côté iconostase

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