Mal nommer les choses

Publié le par Albocicade

C'est une espèce de grosse boite métallique, entre l'armoire de vestiaire et la consigne automatique. Jaune, toute jaune, un peu comme une boite aux lettres de la Poste qui serait dotée d'un écran et d'un clavier numérique.

Le mode d'emploi, fort simple, est inscrit en gros dessus :

"Commandez sur Amazon, retirez vos colis ici".

Enfin, quand je dis "mode d'emploi"... c'est presque un ordre.

Faut-il s'en offusquer ? De tout temps la "réclame" a été employée dans le but explicite de booster les ventes.

Et cette "boite jaune" se trouve dans le hall d'entrée d'un grand magasin, rien de plus normal.

Pourtant, un détail m'accroche les yeux, brutal sous une apparence de gentillesse.

En haut à droite dela boite, une autre inscription :

"Bonjour, je m'appelle Norah".

Je lis cela et... décidément, ça ne va pas.

C'est une boite, une bête boite métallique dotée d'un interface d'automate.

Une boite ne dit pas "bonjour", elle ne dit rien.

Et une boite n'a pas de prénom.

Un prénom, c'est pour les humains, à la rigueur pour les animaux, ou même pour les arbres1, mais pas pour les boites.

Mais ici, la chose est intentionnelle.

Nous sommes dans un magasin, un lieu de commerce2.

Et les caissières sont systématiquementformées au "SBAM"3.

Alors, ceux qui ont décidé qu'une machine allait prendre la place d'une hôtesse de caisse ont eu l'idée de rendre ladite machine aussi avenante qu'une véritable caissière.

La caissière dit "Bonjour", la machine le fera aussi.

La caissière a son prénom épinglé sur sa blouse, la machine aussi.

Ainsi, peu à peu, la substitution se fait dans la tête du client.

Car le mot clef est là : substitution.

Une caissière est un être humain, qui perçoit un salaire, avec charges patronales et cotisation sociales. Pas une machine.

Une machine ne cotise pas.

A l'heure où l'on parle de "réforme des retraites" se pose la question des cotisations.

La machine prend la place d'au moins une hôtesse de caisse (qui du coup se retrouve sans emploi) et ne cotise pas au pot commun des retraites. La fameuse baisse des rentrées.

Alors oui, cette boite jaune – par un stupéfiant tour de passe-passe – va aggraver un problème actuel (à moins que notre bon gouvernement ait le courage de taxer les machines qui prennent la place de bêtes travailleurs humains), et ne mérite certes pas de recevoir un prénom.

Comme disait Camus : "Mal nommer les choses contribue au malheur du monde".

***

 

Ah, au fait (et pendant que j'y pense !)

pour ceux qui chercheraient un calendrier de l'Avent et qui se désespéreraient devant les "machins" à base de chocolats, de père noël et de franchises Disney que l'on trouve dans le commerce, j'ai le plaisir, l'honneur et l'avantage de vous signaler que la Fraternité orthodoxe en édite un qui a l'air très bien, au format A4, pour le prix d'une modeste obole.

Pour tous les renseignements utiles, je vous invite à aller sur cette page.

***

Les notes du billet, plus haut

1J'ai bien, devant ma maison, un eucalyptus que j'ai nommé "Sid"... je vous raconterai un de ces jours.

2Pour rappel, avant d'être employé pour l'achat et la vente, le terme "commerce" désigne d'abord les relations sociales et amicales entre plusieurs personnes... "être d'un commerce agréable"...

3C'est à dire à agir dans l'ordre envers le client : Sourire, Bonjour, Au-revoir, Merci

Publié dans Cigale en colère

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article