De l'orient à l'occident

Publié le par Albocicade

Nous sommes tellement habitués à certains noms – en premier lieu celui de Jésus, mais aussi ceux des apôtres, comme Pierre, Jacques, Jean, Simon, Saul/Paul… et j'en passe – que nous en oublions que ceux qui les portaient ne les ont jamais entendu de la manière dont nous les prononçons.

C'est bien sûr normal, puisqu'ils ont transité de l'araméen vers le français en passant par le grec, puis le latin.

Ainsi, Yéchoua (ou Yeochoua) est devenu Iésous[1], puis Jésus.

De même pour  "Shymeon" surnommé "Képha" : Shymeon a évolué en Simon, tandis que Képha a, logiquement, été traduit Pétrus, et donc, caillou, ou plutôt Pierre.

Yakov est devenu Jacques en passant par Iakobos ; Yorhanan transitant par Ioannès est devenu Jean ; tandis que Shaoul surnommé Paulus est connu comme l'apôtre Paul, ou Saul.[2]

Tout ceci est bien connu et ne mérite pas que l'on s'y attarde plus.

La question est plus complexe lorsqu'il s'agit de personnes moins connues, de noms qui apparaissent dans des listes et qui n'ont pas de formes occidentales normalisées.

 

Travaillant à traduire un texte d'Abraham de Beth-Halé[3], je me trouve à feuilleter le "catalogue des auteurs ecclésiaux" d'Abd Isho de Nisibe. Précisons tout de suite qu'Abd Isho ayant été métropolite de l'Eglise syro-orientale (ce que l'on appelait communément l'Eglise nestorienne), ses auteurs de références (du moins ceux postérieurs au Concile d'Ephèse) ne sont guère prisés dans l'Eglise orthodoxe (à part, bien sûr, Isaac le syrien).

 

Je viens de mentionner Abdisho Bar Berikha. Or, dans les anciennes éditions latines, il apparaît sous le nom d'Ebed Jesu, tandis que le traducteur anglais[4] le nomme Abd Yeshua. Si ce n'était que cela ! Car si dans les publications scientifiques, c'est la forme Abdisho qui prédomine actuellement (même si on le trouve parfois orthographié ‘Abdišū‘), la dernière traduction de son traité théologique intitulé Marganitha ("La perle") par le catholicos nestorien Mar Eshai Shimun XXIII publiée en 1965 le nomme "Odisho de Suwa". (Bon, dans tous les cas, le nom syriaque Hbhedhishoh pourrait se traduire par "serviteur de Jésus").

Mais sincèrement, comment s'y reconnaître ?

C'est comme pour St Isaac de Ninive qui se trouve, dans la traduction de Badger sous le nom Ishâk, ou pour Isho'dad de Merv que Badger nomme Yeshua-dad de Hdhetta.

Il faut louvoyer, tâtonner.

 

 

[1] Pour rappel, le successeur de Moïse, qui fit entrer le peuple d'Israël dans le terre promise s'appelait aussi Yeochoua, de sorte que les Pères n'ont pas manqué de souligner les points communs et les divergences entre "Josué" et "Jésus". Voir ma petite étude "Josué vu par quelques Pères".

[2] On notera que deux personnages bibliques portent le nom de Shaoul : non seulement l'apôtre Paul, mais aussi le premier roi d'Israël, auquel on accorde royalement un tréma : Saül.

[3] Dans ces moments de turbulences, il me faut bien arriver à remettre un peu de cohérence dans ma tête…

[4]  En annexe au volume 2 de "The Nestorians And Their Rituals", Badger propose la traduction anglaise du "catalogue des écrits bibliques et ecclésiaux" (p 361) et du "Livre de la Perle" (p 380)

Publié dans Arabe syriaque etc

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article