Bobo les dents !

Publié le par Albocicade

Vallons en pâture, modestes parcelles de blé ou d'orge séparées de petits bosquets, collines boisées de chênes ou de hêtres. Dans les villages, au mitan de la plaine, l'église au clocher de briques rouges jouxte la halle couverte et les maisons à colombages.

A chaque fois que je suis là-bas – en faisant abstraction des pylônes électriques et des routes goudronnées – ce que je vois m'évoque irrésistiblement le Moyen Age.

J'entre dans l'église ouverte de l'un de ces villages… Au lieu du silence habituellement froid et poussiéreux de ce genre d'endroit, un étrange mélange de vagissements, de pleurs et de cris infantiles provient des bancs du côté de l'autel.

Tout en faisant le tour de l'église – il y a pléthore de statues de plâtre, de "bustes-reliquaires" et même une tenue de "Pénitent bleu" – je jette un regard étonné vers ce groupe de parents à poussettes garnies. Une préparation collective au baptême ? Peut-être… quoique je ne vois personne qui parle… juste une Dame qui semble s'approcher de chaque bébé.

Je ressors, dubitatif.

C'est le lendemain matin que je trouve, sur un affichette placardée à la porte de l'église d'un autre village, l'explication : ce jour là, il y avait le "passage de la dent de Ste Apollonie", et les parents amenaient leurs nourrissons pour que la Dame susmentionnée les touche avec la relique, de sorte que les chérubins ne souffrent pas trop lorsqu'ils feraient leur poussée dentaire.

Nous sommes pourtant bien loin d'Alexandrie, où la pauvre Apollonia fut rouée de coups – à en avoir la mâchoire brisée – parce qu'elle refusait d'insulter au Christ en 249. Apollonia (latinisée en Apolline) qui est ainsi devenue la … patronne des dentistes.

J'ai beau savoir que Dieu, dans sa miséricorde, a souventes fois accompli des miracles par l'entremise des reliques de ses saints, je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire… Comme les paysages du lieu, ces petits rassemblements fleurent bon l'antan médiéval ; un temps où la foi était une évidence pour chacun, où l'on se confiait avec simplicité en la divine bonté. Une foi certes pas toujours très pensée, mais la foi des petites gens, de ces gens qui savaient que de Messire Dieu ils ne pouvaient pas tout comprendre, mais qui savaient que le "Bon Dieu" était bienveillant. C'était déjà beaucoup.

Publié dans Vie quotidienne

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