La Dame et le Réparateur

Publié le par Albocicade

 

Au cours des dernières années, il m'est à différentes reprises arrivé d'entendre de gens bien intentionnés dire que si les humains se comportaient comme des Bonobos – cette espèce de chimpanzés qui gèrent les conflits de groupe au moyen de relations sexuelles – la situation serait certainement meilleure que ce qu'elle est. Et, à vrai dire, ce genre d'argument ne m'a jamais semblé pertinent. Peut-être parce que, justement, relations sexuelles et conflits sont totalement imbriqués chez les humains. Durant des siècles, on a considéré les viols perpétrés par des soldats sur les femmes des territoires vaincus comme des actes certes déplorables, condamnables, mais somme toutes comme de simples dommages collatéraux. "Sabrer les belles ennemies" était une sorte de compensation que s'octroyaient les soldats et sur laquelle les Etats-Majors fermaient les yeux. Et puis, si au passage on en engrossait quelques unes, ça leur faisait un "souvenir"... (Et je ne parle même pas des BMC, et de la manière dont ils étaient "approvisionnés").

C'est assez récemment que l'on en est venu à parler du viol comme d'une "arme de guerre" à part entière. Comme l'usage des gaz de combat, comme les mines antipersonnel...

Et confrontées à ce type d'arme (je veux parler du viol), il y a deux sortes de femmes : celles qui le subissent, et celles qui doivent vivre après l'avoir subi.

Je sais, ce sont les mêmes... et pas tout à fait.

Celles qui le subissent sont confrontées à la violence immédiate, à la brutalité, l'humiliation, la sauvagerie... parfois durant des jours, des semaines, des mois.

Celles qui doivent vivre après l'avoir subi sont confronté à l'indifférence, au mépris, à l'incompréhension, à des douleurs lancinantes "du côté où elles ont été agressées", au désespoir – pour certaines – de ne jamais pouvoir enfanter...

Ce sont les mêmes et ce n'est pas la même chose.

On en a parlé, dans le poste, tout dernièrement, à propos d'une Dame et d'un Réparateur

 

Une Dame, d'abord. Enlevée, violée, vendue, violée et violée encore. Elle a finalement  pu fuir, être protégée... Son nom ? Nadia Murad.

Elle est irakienne kurde, et – on n'omet jamais de le préciser – de religion yézidie. On le précise, et c'est bien légitime, puisque les yézidis sont haïs par les fous de DAESH... ceux qui ont assassiné les hommes de son village et  emmené les femmes comme esclaves. 

Son histoire – son drame, devrais-je dire – a été connue, racontée afin que l'on sache ce qui se passe, que l'on prenne la mesure de ce que sont les "combattants" de DAESH, de ce que subissent les "minorités" laissées aux mains de ces fanatiques, de ce que subissent les femmes dans les "zones de conflit".

 

Et il y a aussi un Réparateur. Lui est Congolais, mais a étudié au Burundi, en France et en Belgique avant de retourner au Congo.

Sa spécialité ? La gynécologie.

Sa spécificité ? La gynécologie réparatrice.

Parce qu'au Congo, dans la province du Sud-Kivu, le viol collectif, public,  ravageur, est devenu une arme de guerre : des miliciens violent et "abîment" les femmes autant que possible afin d'imposer leur loi de terreur. Et lui, depuis des années "répare" des femmes. De même qu'il "répare" celles qui ont subi cette si "traditionnelle mutilation génitale" qu'est l'excision...[1] Lui ? c'est le Dr Denis Mukwege. Et, même si on le tait généralement, il est chrétien.[2]

 

Et tous deux, la Dame et le Réparateur ont reçu le prix Nobel de la Paix il y a quelques jours. Le choix me paraît judicieux.

 

Notes

[1] Il y a dix ans que je ne vous en ai plus parlé, mais l'excision continue ses ravages ! Voir ce petit article sur ce sujet.

[2] Il m'a fallu lire l'article de la Wikipedia pour le découvrir : on est pudique, dans les médias, lorsqu'il s'agit de chrétiens.

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