Un bienfait

Publié le par Albocicade

 

Entre les éleveurs nomades et les cultivateurs sédentaires, la cohabitation n'est par forcément simple. Et ce n'est pas d'aujourd'hui... ça remonte au moins à Caïn et Abel !

Mais là, c'est du tout récent, au Nigéria.

Là, le conflit porte entre des éleveurs Peuls et Fulanis musulmans, et des cultivateurs chrétiens. Depuis des années, des groupes Peuls s'en prennent, armes à la main à des villages chrétiens, faisant à chaque fois des morts[1].

Mais dernièrement, le 28 juin pour être précis, l'attaque a pris une tournure imprévue.

Ce jour-là, plus de 300 peuls armés de machettes et de fusils s’en sont pris à un petit village, incendiant les voitures, pillant les maisons. Dans un premier temps, la population chercha à se réfugier au poste de sécurité... que les militaires abandonnèrent sur le champs. Fuyant devant les assaillants, les cultivateurs et leurs familles continuèrent leur débandade jusqu'à un autre village.

Là, l'imam du lieu – homme d'un age respectable – apprenant ce qui leur arrivait prit les choses en main : que les femmes et enfants se réfugient dans sa maison, les homme trouveront asile dans la mosquée.

Juste à temps ! Les assaillant armés et haineux arrivaient, et sommèrent l'imam de leur livrer les fuyards. Entouré de quelques membres de sa communauté, l'imam leur opposa une fin de non-recevoir, calme mais ferme.

Cela ne calma pas les furieux, qui menacèrent l'imam de brûler sa maison et sa mosquée. Ce dernier, désarmé, se prosterna, face au sol, suppliant les assaillants de laisser la vie sauve à ceux qu'il protégeait. Et la bande de rageux, déconcertés, tourna les talons pour aller incendier des église d'autres villages.

La troupe de fuyards, au nombre de 262, resta cinq jours dans ce village, avant de rejoindre un camps de personnes déplacées.

Lorsque la journaliste[2] de la BBC demanda à l'imam ce qui l'avait poussé à prendre un tel risque, il fit cette réponse étonnante : "C'est par gratitude. Il y a quarante ans, des chrétiens ont donné ce terrain pour que nous puissions y construire la mosquée".

 

Cette histoire me pose une certain nombre de questions.

Par exemple, si j'avais fait partie du Conseil du village, il y a quarante ans, aurai-je voté en faveur du don de terrain pour qu'une mosquée puisse y être construite ?

Autre question : cet imam aura passé sa vie à donner un enseignement religieux que – même en faisant de très gros efforts – je ne saurais qualifier d'orthodoxe. Devrait-on considérer, ipso facto, que les Portes Célestes lui seront fermées pour cause de malcréance ?

Pour ces deux questions, auxquelles je me garderai de répondre, j'ai tout de même trouvé deux passages des Ecritures qui me semblent apporter un certain éclairage :

D'abord Ecclésiaste 1.11, puis Matthieu 25.31-46.

Notes :

[1] Le week-end précédent, on a dénombré 200 victimes pour une attaque similaire.

[2] Dooshima Abu, journaliste à la BBC, basée dans le Plateau du Nigéria.

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