Sous la dictée

Publié le par Albocicade

 

Il y a maintenant bien des années, je découvrais étonné l'univers des manuscrits anciens, en particulier ceux du Nouveau Testament. C'est dans ce contexte que je fis une rencontre qui m'a marqué profondément, qui est devenue une amitié... et une école.

Ce que je n'ai pu apprendre sur les bancs de la Fac, c'est au cours de nos conversations que je le recevais.

Un jour que nous devisions des manuscrits, il se prit à râler contre l'incurie des copistes qui – du moins pour certains – "ne connaissaient pas le grec", d'où un nombre incalculable de fautes dans les textes.

Et en effet, il ne faudrait pas imaginer que chaque copiste ait été un grammairien accompli, possédant à fond l'ortho-graphie de chaque mot, même rare.

En vrai, s'il est exagéré de dire que ces braves copiste aient été ignorants du grec, il est par contre flagrant que certain n'en maîtrisaient que très imparfaitement la forme écrite. Et comme il leur arrivait de  copier à la volée, sous la dictée, l'écriture était parfois hasardée : erreur sur les "o" (oméga ou omicron ? bon, au pif, omicron !) erreurs d'iotacisme (le son "i" peut être écrit de sept manières différentes[1], ce qui peut, après erreur, donner des mots existant réellement... qui n'ont alors aucun sens dans la phrase...), agrégations de son pour faire des mots au hasard[2].

En fait, ces fautes sont de peu d'importance, puisqu'elles sont aisément décelable et spontanément corrigées, à condition de ne pas se baser sur un manuscrit unique qui serait considéré comme exempt d'erreur.

Le cocasse, c'est que ce type d'erreur n'est pas limité au lointain passé.

J'en ai croisé, dernièrement, un exemple qui m'a fait sourire. Sur un site de fort bonne tenue, dédié à des éditions de haute qualité. Sans doute une stagiaire faisait-elle la saisie sous la dictée quand elle entendit un mot inconnu. Inconnu mais pas totalement... disons qu'il avait des airs de famille avec d'autres mots connus... l'Ascension du Christ, l'Assomption de la Vierge... Bref, la stagiaire[3] a tapé "Homélie sur l'Adormition de la bienheureuse vierge Marie". Deux fois. Après tout, cela semblait logique, puisqu'elle ne connaissait pas le mot "Dormition".

 

(Bon, depuis j'ai signalé la bévue qui a été corrigée).

Quant à l'image qui illustre le haut de ce billet, la faute est volontaire, mais tellement bien trouvée !

 

[1] ce sont : ι ; η ;υ ; ει ; ηι ; οι ; υι

[2] J'ai eu un camarade d'étude qui prenait ses notes de cours ainsi ! Un jour que nous travaillions ensemble pour je ne sais quel projet, je jetais un coup d'oeil à ses notes. C'était une suite de mots absolument incohérents, parfois sans lien entre eux. Quand je lui en fis la remarque, il m'assura que c'était mot pour mot le cours en question. Je tentais alors une lecture à voix haute, et entendis se recomposer les phrases du professeur...

[3] En fait, j'ignore absolument qui a saisi ce texte, et je n'invente  cette "stagiaire" que pour les besoins du récit. Parce que "ça parait logique".

Publié dans Cigale patristique

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