Polyglotte

Publié le par Albocicade

 

Comment prier ? Quelle est la "Langue de Dieu"  Je sais, j'ai déjà évoqué cette question, il y a quelques années...

De même que – en Christ –  Dieu se fait homme, la langue de Dieu est celle de l'homme. Il n'y a pas de "langue sacrée", de langue divine, de langue réservé. Non, la "bonne" langue, c'est celle du quotidien, avec sa grammaire évolutive, son vocabulaire fluctuant. Toute langue.[1]

Du coup, ce qui semble simple peut s'avérer compliqué : quand on est dans un groupe linguistiquement homogène, pas de problème ; mais si au sein du groupe se trouvent des personnes de diverses langues ? Comment faire ?

On peut, certes, privilégier la langue locale. Mais doit-on le faire au point de nier les diverses origines ?

Ou peut-on envisager de laisser une place à chacun ?

Je me souviens d'une paroisse où le "Notre Père" était dit en autant de langues que nécessaire, en fonction des personnes présentes, avant que d'être chanté en français.

Ce n'est probablement pas ce qui s'est passé au Monastère de St Macaire en Egypte[2],  mais les moines du lieu ont copié le psautier en pas moins de cinq langues : le Guèze, le Syriaque, Copte bohaïrique, Arabe et Arménien.[3]

C'est en tout cas ce qu'on trouve dans un manuscrit copié autours de 1626[4], et qui se trouve maintenant à la Bibliothèque Vaticane[5] : le codex "Barberini Oriental 2".

A titre indicatif, c'est le folio "3 r" que j'ai mis en illustration...

 

Plein de notes...

[1] Ceci n'exclut pas, certes, les "langues de nos pères", mais celles-ci ne doivent pas non plus exclure les langues actuelles...

[2] Je ne connais vraiment pas bien la culture copte, mais je doute qu'on ait mélangé les langues durant la liturgie. Tout au moins chacun pouvait suivre la prière commune dans sa "langue d'habitude"...

[3] Le lecteur attentif aura noté l'absence du grec ou du latin : c'est que nous ne sommes ni dans le monde grec, ni en occident !

[4] On trouve, folio 234v l'indication d'une date : le "1° Koiahk 1343 AM", ce qui correspond au Lundi 30 novembre 1626 du calendrier Grégorien.

[5]  Pour la petite histoire, ce manuscrit polyglotte sur papier a été acheté en 1636 par un Capucin, le p. Agathange de Vendôme, pour le compte de Fabri de Peiresc à qui il ne parvint jamais : les voyages étaient alors dangereux, et d'attaques de corsaires en malversations, il faillit bien disparaître à jamais.  Récupéré à Malte, le manuscrit fut finalement donné au Cardinal Barberini, Peiresc étant entre-temps décédé.

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