Toussaint au printemps

Publié le par Albocicade

S'il y a bien une fête catholique qui m'a toujours laissé dans l'embarras, voire dans la méfiance, c'est la Toussaint. Oh, bien sûr, je ne l'ai toujours vu que de l'extérieur, mais – vue de l'extérieur – elle ne fait pas envie. Triste fête en vérité que celle qui se vit systématiquement grelottant sous un ciel bas, mouillé de crachin.
En fait – toujours vu de l'extérieur – de quels saints parle-t-on lorsque le lieu de rassemblement est un cimetière dans lequel on se rend en ordre dispersé. Nul évangile, nulle annonce de cette joie qui relève la tête de celui qui est abattu ; juste les larmes des yeux qui répondent aux gouttes de pluie, larmes du ciel, face aux tombes de "nos chers défunts".
Peut-être n'est-ce là que l'expression de l'esprit "latin", qui – de crainte de se laisser entraîner dans l'exubérance d'une joie qui en oublierait la banalité du quotidien – finit par choisir le Vendredi saint plutôt que le Dimanche de Pâque[1], finit par désigner le lieu où durant trois jours reposa le corps du Christ avant sa résurrection comme "la sainte Tombe", le "Saint Sépulcre" plutôt que comme la Résurrection (Anastasis) et en vient à confondre la fête de tous les saints illuminés dans le Christ avec la mémoire des défunts (qui se fait le lendemain, 2 novembre).
Alors, bien sûr, je n'ai vu que cela de loin, de l'extérieur, et tel de mes amis me gourmanderait probablement de juger les choses sur une apparence. Peut-être.
N'empêche, j'aime que – dans l'Eglise orthodoxe – la fête de tous les saints ait lieu juste après la Pentecôte, au printemps.
Juste après la Pentecôte[2], puisque nul n'est saint sans le Christ ressuscité, sans l'Esprit saint répandu sur l'Eglise afin que chacun témoigne – en actes et en paroles – du salut que Dieu offre.
Au printemps, c'est à dire au moment où la lumière et la chaleur reviennent réveiller la nature, redonner de l'espoir après les frimas hivernaux, redonner du courage.
Et qui sont donc ces saints ? Tous ceux qui nous ont précédé dans la Lumière sans déclin de la présence du Christ, tous ceux qui ont été sauvés, qu'ils nous soient connus ou non : une véritable nuée de témoins !
A ce propos, je vous invite à scruter l'icône au dessus : même si elle n'est pas très lisible (je n'ai pas trouvé mieux sur le net) vous y verrez[3] en bas Noé et son Arche (symbole de l'Eglise), Abraham et tous ceux qui sont "dans le sein d'Abraham" selon la formule consacrée[4], et entre eux-deux le bon larron qui utilisa sa croix comme une échelle pour enter dans le paradis...
Alors, avec un jour de retard :
Belle fête de la Toussaint à tous !
Notes :
[1] Il n'y a qu'à voir le nombre incalculable de "Pietà", et de "Descente de Croix" qu'a produit l'art occidental, et le mettre en perspective avec les rares représentations de la Résurrection dans le même art pour s'en faire une idée
[2] Précisément, le dimanche qui suit la Pentecôte. Cette année, c'était hier, dimanche 11 juin.
[3] Les inscriptions ne sont pas lisibles, mais c'est ce que je crois voir. Si d'aucuns ont plus de précisions, je suis preneur.
[4] L'expression se trouve en Luc 16.22, dans lequel le pauvre Lazare, une fois mort est porté par les anges "εἰς τὸν κόλπον Ἀβραάμ" ce qui est traduit "dans le sein d'Abraham"... ce qui en français ne veut rigoureusement rien dire. En fait, l'expression grecque signifie "dans sa présence", "tout près de lui". Et comme lui-même était dans la présence de Dieu, par extension Lazare est dans la présence de Dieu.

Publié dans Vie quotidienne

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D. Nicolas 18/06/2017 16:49

Bonjour,
Les trois personnages en bas de l'icône sont Abraham, le bon Larron et Jacob, qui comme Abraham tient un linge dans lequel se trouve les âmes des justes.
Les icônes de Tous les saints représentes le plus souvent ce trois personnes, ou bien seulement Abraham et le bon Larron. Mais je connais un exemplaire où figure Abraham, Isaac, jacob et le bon larron.
En XC,
Diacre Nicolas

Albocicade 18/06/2017 18:52

Grand Merci pour cette précision ! Donc exit le brave Noé pour cette icône (mais j'en connais d'autres - notamment une icône de la Résurrection, Yaroslav, XVII° siècle - où, sans ambiguité, le bon patriarche Noé, tenant son arche entre ses bras, s'élance dans la théorie de ceux que le Christ libère du séjour des morts