In nomine...

Publié le par Albocicade

Chez tous les chrétiens du monde[1], la bénédiction est donnée, quelle que soit la langue[2],
"Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, amen!"
Ce qui, bien sûr, n'a jamais signifié que les chrétiens aient cru en trois Dieu.
Comme le dit le Symbole de Nicée "Nous croyons en un seul Dieu..."
Oui, mais voila, là où l'islam s'est implanté les musulmans n'ont eu de cesse de reprocher – à la suite de Mahomet – aux chrétiens d'être polythéistes, d'associer[3] à Dieu d'autres divinités...
Alors, comme ils ne pouvaient pas toujours et systématiquement réciter le Credo, ou passer des heures à expliquer et réexpliquer[4] que "non, les chrétiens ne sont pas idolâtres", et "non, ils ne sont pas polythéistes", et "non, ils ne disent pas ça pour se faire bien voir des musulmans"... les chrétiens locaux ont inclus[5] cette affirmation dans la formule de bénédiction.
Du coup, ça donne :
"Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, un seul Dieu, amen!"
En arabe, on dit : "Bism al-aab wa al-ibn wa al-ruuh al-qudus, illahin wahid. amiin."
 
On trouve cette formule en arabe, en guèze[6], en syriaque, en copte... bref, partout où cela a été nécessaire.
Partout la même formule.
Ah, juste, on relève une petite nuance dans l'Église syriaque orthodoxe du Tur Abdin[7] : ils ont ajouté encore une petite précision.
Ils disent : B-ishme d Abo w- Abro u Ruh'o Qadisho u h'adh Alloho Shariro, Amin
Vous ne voyez pas la différence ? "H'ad Aloho", c'est "un seul Dieu", mais eux disent "H'ad Aloho Shriro", c'est à dire "Un seul Dieu véritable".
Ce qui, vous en conviendrez, ne change pas grand chose.
 
Notes :
[1] Bon, enfin, pas trop chez les protestants, enfin, les Luthériens ou les Anglicans si, mais pour les autres... moins.
[2] Et du coup, en latin, on disait " in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti "
[3] C'est l'accusation de "shirk", que l'on trouve dans le coran 5.116, par exemple
[4] Il existe de très nombreux traités écrits par des chrétiens arabes pour expliquer la Trinité aux musulmans, parfois même en se basant sur le coran, et rejeter l'accusation d'adorer "trois dieux".
[5] Les plus anciennes occurrences écrites relevées se trouvent dans des manuscrits arabes Sin.Ar.151, de 867 et Sin.NF Ar.Parch.14, de 873 mais l'usage oral est nécessairement plus ancien. Merci à Dmitry pour cette info.
[6] Guèze ou ge'ez ; éthiopien ancien, utilisé dans la liturgie. Ça donne : Basma ’ab wawald wamanfas qeddus ’aHadu ’amlaak
[7] Cette Eglise syriaque orthodoxe n'ayant pas reconnu le Concile de Chalcédoine était appelée "jacobite", du nom de son "fondateur", Jacque Baradée.

Commenter cet article