Migrants vs SDF

Publié le par Albocicade

ceci est du second degré

Ces derniers jours, les clodos, mendiants, gueux et autres vagabonds ont le vent en poupe dans certaines sphères politiques. Enfin, pourvu qu'ils soient de bonne ascendance gauloise.
Dans ce cas, ils se trouvent parés de toutes les vertus, et leurs nobles défenseurs n'ont pas de mots assez dur contre les "institutions", qu'elles soient gouvernementales ou associatives, qui ne s'en occupent pas assez.
Ou, plus exactement, qui dépensent énergie et argent public en faveur des "migrants" au détriments des pauvres SDF.
Comme aurait dit (avec son ironie coutumière) Coluche :
"Qu'est-ce que c'est que ces migrants qui viennent manger le pain de nos clochards ?"
Et l'on peut voir fleurir les comparaisons hasardeuses telle cette association d'images montrant d'une part trois jeunes hommes en pleine santé appuyés sur une balustrade, arborant un sourire satisfait, avec cette légende "Migrants à l'hôtel" ; et d'autre part un homme manifestement SDF, serrant contre lui son chien, avec cette autre légende "Français à la rue".
Le message est clair : les "migrants" sont intégralement pris en charge tandis que nos compatriotes nécessiteux sont volontairement délaissés.
Je ne développerai pas la question des migrants : j'ai dit ici ce que je pensais de notre responsabilité, et ce que l'absence totale de politique gouvernementale à ce propos durant plusieurs années m'inspirait. Je ne m'étendrai pas même sur le bricolage étrange, qualifié de "démantèlement de la Jungle",  qui consiste à emmener un peu partout ceux qui s'étaient massés dans l'espèce de bidonville en périphérie de Calais[1].
Non, je veux simplement revenir sur la question des SDF en France. Certes, les systèmes d'aide mis en place sont perfectibles, mais – pour m'en être occupé durant plusieurs années[2] – j'ose dire que si quelqu'un à la rue souhaite  (je veux dire, "souhaite vraiment") réintégrer un mode de vie plus "classique", toutes les aides sont mises en oeuvre. Bien sûr, on pourra toujours pointer tel ou tel dysfonctionnement local, mais dans toutes les villes, les SDF sont "repérés" et des "maraudes"[3] sont régulièrement organisées pour venir leur proposer soit d'intégrer un lieu d'accueil, soit (s'ils ne veulent pas venir) de recevoir un repas ou un sandwich, ou une couverture supplémentaire... l'objectif étant de nouer des contacts qui, pour certains, aboutiront à une évolution positive.
Mais la réalité, c'est que nombre d'entre eux ne veulent pas aller dans des foyers, ne se sentent pas "prêts" à changer leur mode de vie (ou de survie) qui – pour misérable qu'il soit – ne se voit pas imposer de règle extérieure. Car oui, dans les foyers, il y a un règlement : ce n'est ni l'anarchie, ni un squat et les "paradis artificiels" à coup d'alcools, drogues et autres médicaments détournés de leur usage ne sont pas bienvenus.
Et – c'est la limite nécessaire de l'aide sociale – on ne peut forcer un clochard à aller dans un foyer.
Alors oui, il y a des SDF en France, mais les programmes d'aides pour les réfugiés, qui relèvent encore vraiment – au niveau national – d'un bricolage hasardeux, ne sont pas en concurrence avec les aides sociales en directions des personnes à la rue.
Et il n'est pas seulement stupide de les opposer les uns aux autres (opposer misère contre misère !) c'est aussi, c'est surtout malhonnête.
Notes :

[1] A mon sens, il eut été plus judicieux de faire un vrai camps de réfugiés sur place, puis de mettre en place un accompagnement des personnes pour élaborer avec eux un projet susceptible de durer... après tout, la France sait si bien faire des camps de réfugiés partout ailleurs dans le monde.
[2] Moi, c'était il y a longtemps, mais – pour en avoir discuté hier soir, au cours d'un repas entre amis avec une responsable du "115", le n° de l'accueil d'urgence en France – les choses sont bien comme je peux les décrire.
[3] Visites des endroits identifiés, généralement par des bénévoles en coordination avec des services sociaux.

Publié dans Cigale en colère

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