Les philosophes au monastère

Publié le par Albocicade

Ce matin (en fait, dimanche, donc) j'entend sur France-Culture une émission sur "les chrétiens et la culture", particulièrement le rapport des premiers siècles chrétiens avec la philosophie grecque. L'émission est réécoutable sur cette page.
Bien sûr, les rapports ont été tendus, particulièrement au début, puisque la philosophie tentait de donner une "lecture" du monde, alors que l'Eglise naissante apportait – tout étonnée de ce qui venait de se passer – une réponse totalement autre. Et de fait, les premiers apologistes n'ont pas manqué de pointer les contradictions innombrables entre les différentes écoles philosophiques.
Pourtant, peu  à peu, une forme de statu quo s'est établi : si les écrits des philosophes ne pouvaient rivaliser avec la Révélation divine, ils apportaient tout de même des éléments de réflexion, de méthode, de pensée... même s'il faut savoir faire un tri judicieux. On retrouve cela en particulier chez St Basile le Grand.
 
Ce soir, j'ouvrais pour me délasser un gros bouquin (deux tomes de 3 kg chacun, tout de même) sur le monastère athonite de Vatopédi. A vrai dire, je le feuilletai juste, passant d'une photo à l'autre, lisant une notice ici, trois lignes là...
Un premier cliché de fresque me retint un instant : "ο σοφος πλατων", "le sage Platon". Bon, comme il existe plusieurs St Platon, et probablement quelques bienheureux du même nom, je n'y ai pas pris trop garde.
Arrivé vers la fin, je tombe sur d'autres fresques inattendues : le "sage Aristote", le "sage Sophocle", le "sage Thulis, roi d'Egypte", le "sage Apollonios" et la "sage Sévila"*.
 
Bref, après avoir été regardé avec suspicion par les premières générations de chrétoiens, les philosophes ont finalement été admis même dans les monastères... étant entendu que ni les philosophes, ni la philosophie ne sauvent.**
 
Ah, au fait, c'est donc Aristote qui se tient en haut de ce billet***
 
Notes :
*Je me demande si la "sage Sevila" (η σοπφη Σεβιλα) ne serait pas la Sibylle (bon, ça s'écrit "Σίβυλλα"... mais avec les iotacismes... ça peut aussi s'entendre pareil). En effet, je ne connais aucune philosophe de l'antiquité qui se serait appelé "Sévile" alors que ça correspond assez bien à la Sibylle... que j'ai évoqué dans deux articles : ici et ici.
** Ils sont désignés comme des "sages" et non comme des "saints" ! Cela me fait repenser à une phrase d'Erasme que j'avais lu, il y a bien longtemps, et que j'ai finalement retrouvé pour l'occasion : Après s'être extasié sur un texte  au point d'écrire "Je crois n'avoir jamais rien lu chez les païens qui soit plus digne d'un véritable chrétien", il ajoute, un peu plus loin : "J'ai peine à me retenir de dire : saint Socrate prie pour nous !"
Erasme, Colloques, 254. 702 et 710
*** On trouvera d'autres fresques de Vatopédi, dont la Sévila/Sibylle sur le site Pemptousia
 

Publié dans Vie quotidienne

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