Nicolas, Spyridon et Athanase

Publié le par Albocicade

Sur certaines représentations (icônes et fresques) du Concile de Nicée, on peut voir – environnées de doctes évêques – deux scènes surprenantes.
Donnons en premier lieu la description qu'en fait le manuel de l'iconographe de Denys de Fourna (p 345):
Le premier saint concile oecuménique, à Nicée sous Constantin le Grand, l'an 325 contre Arius (318 saints pères de l'Eglise).
Maison. En haut, le saint-Esprit. Saint Constantin, assis, au milieu sur un trône.
A droite et à gauche sont assis en habits pontificaux, ces saints évêques : Silvestre de Rome, Alexandre d'Alexandrie, Eusthate de Jérusalem, St Paphnuce le Confesseur, St Jacque de Nisibe, St Paul de Néocésarée, d'autres évêque et pères sont assis sur trois rangs.
Au milieu d'eux, un philosophe dans l'étonnement. Devant lui, St Spyridon, debout, étend une main vers lui, et de l'autre il presse une brique d'où sort de l'eau et du feu. Le feu s'échappe et monte, l'eau s'écoule à terre entre ses doigts.
Arius, debout, également en habits sacerdotaux. Devant lui, St Nicolas étend la main pour le gifler. Les hérétiques, du parti d'Arius, sont tous ensemble assis au dessous.
St Athanase jeune, diacre imberbe est assis et écrit "Je crois en Dieu..." jusqu'à "...et au saint Esprit."
Faisons donc le point.
En 325, l'empereur Constantin le Grand convoque 318 sages et saints pères de l'Eglise pour combattre l'hérésie d'Arius qui enseignait que le Christ n'est pas Dieu mais une de Ses créatures.
Dans le camp d'Arius, se trouvent Eusèbe de Nicomédie, Théogène de Nicée et Macaire de Chalcédoine et face à eux, des évêques et des prêtres dignes d'un profond respect, dont quelques colonnes de la foi orthodoxe, lumières de l'Eglise.
Parmi eux, l'évêque Spyridon de Trymithonte, un homme qui fut d'abord berger (d'où le chapeau de paille tressée qu'il porte), d'une grande foi, d'une grande piété, mais sans beaucoup d'instruction, qui avait eu à souffrir des persécutions de Galère.
Tous écoutent avec attention le discours d'Arius ; un exposé alliant une grande culture philosophique au feu de l'éloquence, puis les pères démontrent avec ardeur les erreurs de l'imagination d'Arius.
Mais à ses côtés, un philosophe arien lance un défi aux orthodoxes, invitant quelqu'un parmi eux à venir se mesurer à lui dans une discussion sur la Sainte Trinité : son exposé est fulgurant, ses arguments et sa verve rendent toute discussion impossible et ne laissent aucun temps pour répondre.
Saint Spyridon comprend que c'est son heure. Alors que tous parlent encore avec fièvre, il s'avance et dit : "Viens philosophe et discutons ensemble". Les autres Pères le sachant pur et vertueux mais sans grande instruction, essaient de l'en dissuader afin qu'il ne soit pas ridiculisé par le philosophe. Mais le Saint bien déterminé, regarde le philosophe bien en face et lui dit :"Au nom de Jésus Christ, écoute-moi."
"Parle", lui répond le philosophe. Alors Saint Spyridon affirme avec calme et simplicité : "Trois sont les personnes de la Sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint Esprit, un est Dieu. L'intelligence humaine est trop petite pour comprendre l'immensité de la Divinité."
Veux-tu maintenant voir ce que tu ne peux saisir intellectuellement ? Regarde, dit-il en sortant une tuile de sa poche. Si je te demande combien d'objets je tiens dans la main, tu me répondras : un seul. Et pourtant, voici la preuve que ce que tu crois être un ne l'est pas". Faisant alors le Signe de croix, il dit : "Au nom du Père" et à ces mots, à la stupéfaction générale une flamme s'élève, de la tuile qu'il tient dans sa main, vers le ciel ; la flamme qui avait cuit la tuile. Le saint, rempli de la Grâce de Dieu, continue humblement : "Et du Fils"... de l'eau s'échappe de la tuile et tombe à terre... "Et du Saint Esprit". Dans la main du saint, il ne reste plus que la terre. "Trois", dit-il, "étaient les éléments qui composaient cette tuile et pourtant, ils ne faisaient qu'un. Ainsi en est-il de la Sainte Trinité".
Le fameux philosophe reste un temps sans voix, puis il dit à Saint Spyridon : "Je crois et je confesse, saint homme, tout ce que tu as dit". Et s'adressant à Arius et à ses amis, il les cita à faire de même.
 
Et puis, il y a l'intervention de St Nicolas.
En effet, un jour qu'Arius prétendait en plein concile que le fils de Dieu était une créature et par conséquent inférieur au Père, l'évêque Nicolas de Myre (qui lui aussi avait eu à souffrir lors des persécutions) fut bouleversé au point que, se levant et s'avançant au milieu de la salle, il donna à Arius une gifle telle que ce dernier chancela sous le coup.
Cela se passait en présence de l'empereur Constantin, et Arius se tournant vers lui demanda réparation. Constantin, qui ne voulait pas juger un évêque remit le jugement aux pères du Concile, en leur rappelant la loi qui voulait que quiconque osait frapper un homme en sa présence devait avoir la main tranchée.
Les évêques décidèrent que Nicolas serait déchu de sa dignité épiscopale et mis en prison, tout en demandant que le reste de la sentence ne soit exécutée qu'une fois le concile clos.
Nicolas fut donc dépouillé de son omophore et mis en prison.
 
Si Spyridon m'épate, Nicolas m'interpelle*.
J'aurais aimé voir cette brique "dire" le mystère de Dieu dans la main de l'évêque-berger, et l'explication me parle au coeur.
De son côté, l'exaspération de l'évêque de Myre, je la connais trop bien**. Ce "Mais faites le taire !" qui vous saisit devant un propos inepte, mensonger qui se pare des vêtements d'une érudition frelatée ou d'une sagesse de bistrot ; et même les meilleurs n'y échappent pas toujours.
Pourtant, si le miracle de St Spyridon a pu convaincre le philosophe, le geste de St Nicolas ne convainquit personne, inutile violence qui mit plutôt les autres évêques dans l'embarras.
 
Et même si la tradition*** insiste sur la miséricorde du Christ qui ne tint pas rigueur à son évêque trop impulsif, voyant bien que son geste était l'expression de la détresse d'un coeur blessé par des propos odieux, elle ne justifie pas son geste pour autant.
 
Reste encore Athanase, jeune diacre qui met par écrit le "Symbole de Nicée", définition dogmatique visant à "dire" le mystère de Dieu, et qui fut encore précisée au cours des conciles suivants.
Si nous ne pouvons (enfin, moi en tous cas) réitérer le miracle de la brique, et si nous ne devons pas imiter le geste trop impétueux de St Nicolas, par contre, confesser justement la foi chrétienne, ça nous le pouvons.
 
Notes.
* Notons que – à ma connaissance – aucune des sources les plus anciennes sur le Concile de Nicée ne rapportent le miracle de la brique ou la gifle de St Nicolas, ce qui d'ailleurs n'enlève rien à la porté didactique des deux anecdotes.
**Mais, promis, je n'ai jamais tarté personne au cours d'une discussion.
*** Une icône de St Nicolas, liée à cet événement est ainsi décrite dans le "Manuel de l'iconographe", p 367 :
Une prison. Au dedans, le saint.
A sa droite, le Christ tenant l'Evangile ; à sa gauche, la Mère de Dieu portant un omophore. Ils lui donnent ces objets.
De fait, la tradition rapporte que la nuit suivante, Le Christ et sa sainte Mère apparurent à Nicolas dans sa cellule. Le Christ lui remit un Evangile, tandis que la Mère de Dieu lui donna un omophore, de sorte qu'au matin, il fut trouvé dans sa cellule revêtu des ornement épiscopaux, lisant le saint évangile.
Il fut alors libéré et réintégré parmi les évêques.
 

Publié dans Vie quotidienne, icones

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