Destruction de livres.

Publié le par Albocicade

Alors que le général Sa'ad ibn Abi Waqqas demandait – lors de l'invasion de la Perse par les armée musulmanes, au VIIe siècle – au calife Omar s'il pouvait distribuer aux musulmans les nombreux livres qu'ils trouvaient dans les villes conquises, il se vit opposer en guise de refus, cette réponse sans appel :
"Jette-les à l'eau ; s'ils renferment ce qui peut guider vers la vérité, nous tenons de Dieu ce qui nous y guide encore mieux ; s'ils renferment des tromperies, nous en serons débarrassés, grâce à Dieu !"
En conséquence de cet ordre, ajoute Ibn Khaldoun*, on jeta les livres à l’eau et dans le feu, et dès lors les sciences des Perses disparurent."
A vrai dire, la même phrase est attribuée au même Omar, pour réclamer la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, en 642.
Quoi qu'il en soit de l'historicité de la citation, dans un contexte ou dans l'autre, il convient de remarquer que ce sont trois auteurs musulmans** (et non des polémiste anti-musulmans) qui rapportent ce propos.
Bien sûr, on ne saurait réduire l'approche de la culture en milieu d'islam à ce propos ! En témoigne par exemple la "Maison de la sagesse" fondée par le calife Al-Mamun***.
N'empêche. Le slogan
"Si c'est en accord avec le coran, c'est inutile
(puisque le coran le dit déjà, et mieux)
Si c'est en désaccord avec le coran, c'est néfaste
Dans tous les cas, autant détruire les livres."
a toujours eu ses adeptes.
Et ce n'est certainement pas maintenant que ça va s'arrêter : après l'incendie de la librairie du P. Sarrouj dont je vous avais parlé il y a deux ans, il y a eu, l'an dernier la destruction de la bibliothèque de Mossoul.
Pourquoi parler de ça maintenant ? Parce que tombant sur un article de 2015... je me suis mis (une fois encore) à la recherche de la citation précise d'Ibn-Khaldoun que je cherchais depuis longtemps... et que j'ai enfin trouvée. (Et puis, pour dire vrai, je n'avais aucun billet de prêt).
 
Notes
* Le propos est rapporté dans les "Prolégomènes" d'ibn-Khaldoun, p 125 de la 3° partie dans la traduction de De Slane, 1863
*** Je dois reconnaître qu'Al-Mamun m'intéresse particulièrement, puisque c'est sous son califat que Théodore Abu Qurrah était évêque...

Publié dans Arabe syriaque etc

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