"L'île", au village.

Publié le par Albocicade

Tous les ans, à cette période de janvier, a lieu la "Semaine de prière pour l'unité des chrétiens", avec ses rencontres plus ou moins informelles. Cette année, une soirée a été consacrée au film "L'île" de Pavel Lounguine, projeté à la salle des fêtes du village*.

"L'île", un film qu'à vrai dire j'aime beaucoup et que – la part étant faite du tragique de l'histoire – je trouve jubilatoire.

Pourtant, lors de cette projection, ce qui me frappe, c'est le silence qui plane. Un silence épais.

Après l'extinction du projecteur, l'explication arrive : si pour certains ce silence était l'expression d'un effort d'attention soutenue, pour d'autres, il correspondait à une forme d'incompréhension profonde... voire même de rejet.

Une personne, en effet, reconnaît qu'elle n'a pas du tout aimé le film, le personnage du P. Anatoly lui étant profondément antipathique, un être mentalement dérangé qui devrait voir un psy et qui fait plus de tort que de bien à ses visiteurs...

Ceux à l'attention soutenue – pour la plupart des catholiques, mais pas seulement – étaient déjà un peu familiarisés avec l'Eglise orthodoxe, ses pratiques, ses prières, ses fols-en-christ... et il leur fallait rassembler leurs connaissances pour arriver à suivre les tenants et aboutissants de l'histoire.

Enfin, il y avait les autres, généralement protestants, totalement déroutés par cet univers dont ils ne maîtrisent à peu près aucun des codes. Ou plutôt – et c'est encore plus difficile – ils ont une sorte de méfiance instinctive contre moines et monastères, icônes et grandes liturgies... Le seul point qui leur soit positivement familier, c'est l'usage de la Bible : beaucoup ont remarqué que le P. Anatoly cite les psaumes à de nombreuses reprises... mais c'est tout de même insuffisant pour se sentir spontanément à l'aise.

En fait, il faut le reconnaître, "L'île" est – de manière admirable – une illustration de l'imaginaire orthodoxe russe, et mille détails, dénués de sens pour le profane, sont autant d'allusions à des récits, des événements, des personnages connus et authentiques. De son côté, l'imaginaire protestant, peuplé de colporteurs de bibles, de pasteurs missionnaires, d'austères théologiens et d'assemblées "du désert" ne trouve guère à s'accorder avec les tourments du P. Anatoly qui (pour reprendre le mot de Bernanos)  "donnait à pleine mains cette paix dont il était vide".

 

Mais, au fond, n'est-ce pas cela, le but de ces rencontre oecuméniques ? Découvrir l'autre non pas comme identique à soi, mais bel et bien différent. Puis, se heurter à ces différences... et cheminer... avec le Christ.

 

Notes :

* Et je ne suis absolument pour rien dans cette programmation, dont je n'ai été informé que peu de jours avant.

 

Publié dans Vie quotidienne

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Laurence 23/01/2016 11:22

J'aime énormément ce film...je m'y sens comme "à la maison"...après tout, peut-être ai-je du sang russe dans les veines? ;-)
Ceci dit, je comprends qu'il puisse dérouter, voire choquer. Tant mieux, si c'est pour amener plus loin.