Décorum ?

Publié le par Albocicade

Arrivés à l'Eglise. J'entre et, après les bienfaisantes métanies devant l'icône du Sauveur, je me dirige vers le sanctuaire, accès de gauche (porte Nord).

Là, ayant pris le sticharion qui m'attend accroché à son cintre, je le plie et le présente – croix dessus – au prêtre qui le bénit.

Ensuite, mais ensuite seulement, je m'en revêt.

"Encore tout ce décorum !" m'avait dit, un jour, un ami pasteur.

Non. Pas décorum.

Comme tout élément liturgique, il a un sens, une signification.

Et le porter n'a, en soi, rien d'enviable : ce n'est en aucun cas une marque de dignité... au contraire.

Dans l'Evangile*, Jésus explique que le Royaume des cieux est comparable à un roi qui, célébrant les noces de son fils, envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités. Or, aucun de ceux-ci ne daigna venir. Le roi envoya de nouveau ses serviteurs aux invités, disant "Voilà : le festin est prêt : venez au repas de noce." Mais ceux-ci n'en tenant aucun compte s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce ; certains même saisissant les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi, en colère, envoya ses troupes pour faire périr les meurtriers et brûler leur ville.

Puis, il dit à ses serviteurs : "Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce." Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.

Le roi entrant, dans la salle de noce pour voir les convives, y vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce,et lui dit : "Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?" Mais l'autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : "Jetez-le, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents."

 

Ainsi, quand je porte ce sticharion, je sais que je suis à cette place alors que rien de ce que j'ai pu faire ne m'en donne le droit : je ne suis qu'un de ces vagabonds, de ces va-nu-pieds ramassé au bord du chemin parce que les premiers invités n'ont pas daigné venir. Une sorte de deuxième choix.

Et même là, ce n'est pas moi qui choisis ma vêture : je dois la recevoir du prêtre, comme l'invité du festin doit la recevoir d'un serviteur pour entrer légitimement dans la salle de noce.

Ainsi, aucun décorum dans cette tenue d'apparat... juste un vêtement qui me rappelle que si je suis là, à préparer l'encensoir dans le sanctuaire, c'est par pure grâce, malgré mon indignité.

 

Note :

Matthieu 22,1-14

 

Publié dans Côté iconostase

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