Compte à rebours

Publié le par Albocicade

Je vous ai déjà parlé de Sébastien Faure, ce propagandiste anarchiste qui sillonnait la France en tous sens pour démontrer l'inexistence de Dieu : un spectacle bien rodé qui faisait toujours son petit effet. Car il ne manquait pas d'imagination, le conférencier, pour trouver l'argument qui fait mouche, l'exemple qui frappe l'imagination.
Et même si ses démonstrations ne valaient pas tripette, encore fallait-il oser lui donner la contradiction, et surtout le faire avec suffisamment de brio pour entraîner l'adhésion des auditeurs.
On sait comment Louis Arnould lui répondit à Poitiers, démontrant la vacuité des "preuves" de Faure.
Mais voila que, dans le Nord – pays de mines et de terrils – notre conférencier mit en scène un nouvel argument : la preuve par la montre.
A un moment quelconque de sa conférence il plaçait sur la table, où se trouvaient déjà carafe et verre d'eau, un réveil. Un gros réveil de ménage, bien visible, qu'il remontait cérémonieusement avant de tendre un poing rageur vers le ciel et de lancer quelques invectives bien senties contre Celui qui est censé y trôner.
Puis, se tournant vers l'auditoire, il expliquait :
"Chers amis, je viens de régler ce réveil pour qu'il sonne dans trois minutes. Or, avec ce que je viens de dire à Dieu – si toutefois il existe – il ne peut me laisser impuni et, puisque je l'ai défié, il se doit de me foudroyer sur le champs pour restaurer son honneur. Je vous propose donc d'attendre pour voir ce qui va se passer, et chacun pourra en tirer les conclusions qui s'imposent."
Commençait un long compte à rebours, marqué par le tic-tac du réveil, et les commentaires de Faure : "plus que deux minutes !... plus qu'une minute !"
Et lorsqu'enfin le réveil sonnait, le conférencier s'exclamait – remportant un franc succès :
"Sébastien Faure est vivant, donc Dieu n'existe pas !"
Comment contrer une telle démonstration ?
Henri Nick, un pasteur qui avait déjà eu maille à partir avec le propagandiste athée, trouva enfin.
Un soir, alors que Faure venait de régler son réveil et d'expliquer le compte à rebours, le "père Nick" monta sur scène. Sébastien Faure l'invita donc, d'un ton affable, à se presser car :
"si vous avez raison, dans moins de deux minutes je ne serais plus là pour vous écouter".
Pour toute réponse, Monsieur Nick sortit de sa poche – sous les yeux incrédules du public – un pistolet... qu'il tendit au conférencier avec ces mots :
"Faites attention, il est chargé".
Puis il lui servit quelques "gentillesses" que la postérité n'a pas conservé, suffisantes pour terminer par ces mots :
"Et maintenant, tirez ! Mais si dans dix secondes le père Nick n'est pas mort, c'est que Sébastien Faure n'existe pas !"
 
Puis, tirant une montre à gousset de son gilet, il égrena :
"Dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un !"
Puis, reprenant l'arme des mains du conférencier éberlué, il se tourna vers le public en clamant :
"La preuve est faite, Sébastien Faure n'existe pas !"
La stupéfaction se mua en un tonnerre d'applaudissement.
 

Notes:
J'avais déjà placé une version de cet anecdote, que m'avait signalé le pasteur de mon village, en note du billet sur Sébastien Faure et Louis Arnould. Mais qui l'aura vu ? Aussi il m'a semblé judicieux de la remettre en avant.
 
 
 
 
 

Publié dans Vie quotidienne

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