Réforme de l'enseignement

Publié le par Albocicade

D'après ce que j'ai pu entendre, l'enseignement du latin serait en passe d'être relégué au rang des matières inutiles et encombrantes.

Il serait – dit-on – plus urgent pour notre jeunesse aléatoirement studieuse d'apprendre à s'exprimer spontanément en un français hasardeux.

Soit

Est-ce à dire que le petit texte* qui va suivre sera définitivement illisible dans quelques années ?

C. Furius Cresinus e seruitute liberatus, cum in paruo admodum agello largiores multo fructus perciperet, quam ex amplissimis uicinitas, in inuidia erat magna, ceu fruges alienas perliceret ueneficiis. quamobrem ab Spurio Albino curuli aedile die dicta metuens damnationem, cum in suffragium tribus oporteret ire, instrumentum rusticum omne in forum attulit et adduxit familiam suam ualidam atque, ut ait Piso, bene curatam ac uestitam, ferramenta egregie facta, graues ligones, uomeres ponderosos, boues saturos. postea dixit: Veneficia mea, Quirites, haec sunt, nec possum uobis ostendere aut in forum adducere lucubrationes meas uigiliasque et sudores. omnium sententiis absolutus itaque est.

 

Pourtant, elle est plutôt sympathique cette histoire. Alors je vais vous la donner aussi en français :

 

Caïus F. Crésinus, ancien esclave affranchi, qui obtenait d'un très petit champ des récoltes beaucoup plus abondantes que ses voisins n'en tiraient de champs très considérables, s'était attiré leur jalousie; au point qu'ils l'accusaient de faire venir, par des sortilèges, les récoltes des autres dans ses champs. En conséquence il fut cité à comparaître par le magistrat supérieur Spurius Albinus. Craignant d'être condamné lorsque les juges rendraient leur verdict,  il se présenta sur le forum avec tous ses instruments de travail, des ouvriers robustes et, comme dit Pison, "bien nourris et bien vêtus", des outils bien adaptés, des houes solides, des charrues de bonne qualité, des boeufs bien repus. Puis il dit : "Voilà, Romains, mes sortilèges ! Et je ne peux vous montrer ni faire venir sur le forum mes fatigues, mes veilles et mes sueurs".

Il fut absous d'un suffrage unanime.

 

Sympa, non ?

D'ailleurs, ne se pourrait-il pas que cette brève anecdote concerne non seulement l'Enseignement des langues anciennes, l'Histoire ou l'Agriculture, mais aussi l'Economie ?

Car, au final, n'est-ce pas la même pensée magique qui habite nos actuels spécialistes, que celle qui animait les ennemis de Crésinus ?

Ne les entend-on pas, année après année, gouvernement après gouvernement, se plaindre que les pays voisins aient de "meilleurs" résultats que nous ; ne les entendons-nous pas en appeler à une "reprise de la croissance" venant d'on ne sait où, voire espérer quelque "miracle économique" ?

Et ce bon Crésinus leur rappellerait alors peut-être qu'en premier lieu, il faut se sortir les mains des poches.

Car, concluait Pline, "La culture veut du travail et non de la dépense."

On trouvera cette même idée plus près de nous, chez ce bon La Fontaine...

Mais cela est peut-être trop basique... je ne sais pas , je ne suis pas économiste.

 

Note :

L'anecdote se trouve au Livre 18 de l'Histoire Naturelle de Pline l'Ancien : Texte latin sur Itinera Electronica (H.N. 18.41-43), ou traduction française sur le site de Remacle (H.N. 18.8. 3-4)

 

 

Publié dans Vie quotidienne

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