Le spectacle

Publié le par Albocicade

L'autre jour, par quelle voie imprévisible me suis-je retrouvé - sur un site catho-intégriste - devant une page sur la corrida ? Je n'en sais rien.

Mais ce que j'y ai lu m'a laissé perplexe.

je cite :

"nous déclarons simplement, par delà les aspects purement spectaculaires de l’art tauromachique, que le décorum, les éléments quasi sacrés qui entourent la corrida (vêtements de lumière, sens du sacrifice, dévotion et sentiment religieux, etc.), sont un motif de nature à susciter respect et sympathie à l’égard de cette tradition singulière qui a tissé au fil des siècles des liens très étroits avec le catholicisme."

 

Pour ce qui est du "décorum", je veux bien les croire. Mais est-ce suffisant ?

Est-ce le "décorum" qui donne sa véracité à un événement ? Que penseraient ces "cathos intégristes" d'une "messe" à Notre Dame de Paris interprétée par une troupe folklorique devant un parterre de touristes*.

Quoiqu'ils seraient encore capables de trouver cela très bien, puisqu'ils voient dans la corrida le sens du sacrifice.

Or, de quel "sacrifice" parle-t-on, dans une Liturgie ? Celui du Christ, qui nous donne la vie, pas celui d'un taureau qui n'est là que pour l'excitation collective... que ces gens curieux appellent une "dévotion".

Je ne sais pas trop pourquoi je parle de cela... peut-être parce qu'en lisant ces lignes, me revenaient en mémoire des paroles enflammées de St Jean Chrysostome...

 

Je ne citerai qu'une phrase prise d'une homélie célèbre, dans laquelle St Jean s'offusquant des clameurs qui lui étaient parvenues du cirque deux jours auparavant s'adresse à ses paroissiens :

"Les uns, dans les gradins du haut, se donnaient en spectacles, les autres, dans les places du bas acclamaient les cochers en vociférant. Mais que pourrions-nous dire, quelle excuse avancer si un étranger indigné nous prenait à partie, disant "Est-ce bien là une ville qui a été visité par un apôtre ? Est-ce vraiment cette ville qui a été enseignée ? Est-ce donc là une conduite digne d'un peuple dévoué au Christ ?"

Et pourtant, il ne s'agissait que de courses de chevaux. Qu'aurait-il dit pour des mises à mort d'animaux ?

 

Je renvoie les curieux vers trois textes de Chrysostome sur les spectacles :

l'homélie sur les jeux du cirque (à laquelle j'ai emprunté ma citation), mais aussi une homélie sur Lazare, et même une sur St Matthieu (à la fin de l'homélie).

 

Quant à ceux qui pensent que ces spectacles sont des réunions pacifiantes... je renvoie vers un ancien billet...

 

Note

* Cette idée de "liturgie factice" est tirée d'un livre de Callebaut qui, derrière un titre racoleur ("Rites et mystères au Proche-Orient", 1973) recèle une mine d'informations.

Dans un chapitre présentant les derviches, ce groupe musulman qui fut interdit par Mustafa Kemal, et qui n'existent plus que dans une certaine clandestinité, Callebaut fait un parallèle avec cette "fiction sur la France", puisque les "derviches" que l'on peut voir  en Turquie sont des acteurs payés pour leur prestation..

La citation exacte (p 145) est "Imaginez une messe de minuit, autorisée exceptionnellement par les successeurs de Clemenceau, interprétée par une troupe folklorique locale devant un parterre de Japonais et d'Arabes".

 

Publié dans Vie quotidienne

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