Le prédicateur de Jableh

Publié le par Albocicade

Je vous en avais un peu parlé, au début de l'été (ici, puis ici, puis encore là).

A vrai dire, ça m'a pris plus de temps que prévu pour préparer un recueil de ses homélies ; et il est maintenant temps de vous dévoiler son identité.

Il s'agit donc de … Sévérien de Gabala.

Ah, je vois que ce nom vous laisse pour la plupart de marbre, sauf un ou deux qui ont froncé les sourcils : eux, ils connaissent, ils savent que Sévérien fut pour Chrysostome ce que Ganelon fut pour Charlemagne : le traître.

Et si l'on veut être honnête, c'est un fait difficile à nier.

Evêque de la petite ville de Gabala (actuellement Jableh, en Syrie), il se rendit à la capitale de l'empire, Constantinople, pour des raisons que nous ignorons. Là, il fut bien accueilli par l'archevêque Jean (Chrysostome) qui lui confia même – durant une longue absence – le soin de prêcher dans la cathédrale, ce qui atteste autant de la confiance que lui témoignait Chrysostome que des qualités de prédicateur de Sévérien ; même si, au dire de certains contemporains, "Il avait un de ces accent ! Oh bonne mère ! Té, on aurait pu y accrocher sa veste dessus !"

Hélas, durant l'absence de Jean, les relations furent plutôt mauvaises entre Sévérien et certains membres du clergé, en particulier avec un certain diacre… Bref, à son retour, Chrysostome demanda à Sévérien de partir (n'avait-t-il pas un diocèse dont il devait prendre soin ?). Dans la foulée, l'empereur le fait revenir, ce dont Jean doit bien s'accommoder. Mais c'en est fini de cette confiance, et même de l'amitié du début. Et quand l'archevêque Théophile d'Alexandrie – venu à Constantinople pour soumettre des moines "fugitifs" – s'en prit à Chrysostome , l'accusant de tyrannie au "synode du chêne", Sévérien – qui eut cent fois mieux fait de rester neutre – prit le parti de Théophile.

On connaît la suite : un premier exil de Jean qui est rapidement rappelé, puis un second exil, sévère, qui est même aggravé par la suite et qui eut raison de la résistance de Chrysostome.

Et Sévérien ? Les uns disent que, comble de l'ingratitude, il prit un malin plaisir à réclamer contre son ancien ami, tandis que d'autres affirment qu'il tenta – en vain – d'intercéder pour lui quand le second exil fut aggravé.

Et maintenant ?

Tous les protagonistes de cette lamentable histoire ont rendu leur âme à Dieu, et comme l'écrivait Synésius de Cyrène :

"toute haine doit expirer devant le tombeau".

D'ailleurs, non seulement le nom de Sévérien n'est jamais, dans aucune des sources connues, mentionné indépendamment de Chrysostome (que ce soit pour charger Sévérien de reproches, ou au contraire tenter de le dédouaner) mais encore c'est précisément sous le nom de Chrysostome que nombre de ses homélies ont été conservées en grec.

Au final, n'est-ce pas – encore – rendre un forme d'hommage à Jean Chrysostome que d'écouter à nouveau le prédicateur, l'exégète, à qui il avait confié la chaire de la grande église de Constantinople ?

C'est donc une collection de quinze homélies que j'ai rassemblée pour le profit de qui prendra la peine de les parcourir.

Je l'ai pour le moment placée sur Academia

Un dernier mot : ce projet est né dans le sillage de celui de Roger Pearse. Il convenait d'autant plus de le signaler que, bon camarade, il m'a communiqué nombre d'informations et de documents important qui se sont révélés indispensables.

 

Publié dans Cigale patristique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article