Dialogue (?) inter-religieux.

Publié le par Albocicade

 

Dernièrement, je tombe – sur Facebook – sur une proposition d'un imam présentée comme "un très bon projet s'il y a des personnes motivées et intéressées par le dialogue inter-religieux" puisqu'il s'agit de "relever tout ce qu'il y a dans la bible (ancien et nouveau testament) comme points communs et comme contradiction avec la foi musulmane" et de les classer selon les thèmes en fonction des convergences et des divergences.

 

La chose peut effectivement être intéressante, et j'avais moi-même – il y a plusieurs années – consacré quelques semaines à étudier ce que le Coran dit de Jésus ; cherché à comprendre la manière dont le fondateur de l'islam (considéré comme un prophète par les musulmans) voit le fondateur du christianisme (considéré comme le Sauveur par les chrétiens).

Bref, la proposition semblant intéressante, je poursuivis ma lecture :

En se basant sur les principes suivants

- Les anciennes révélations proviennent à l'origine de Dieu.

- Elles ont subit des altérations et des erreurs de transmission.

- Elles peuvent contenir la vérité mais aussi l'erreur.

- Le Coran et la Sunna authentique sont la référence sur les questions de la foi.

- Ce qui ne contredit pas le Coran et la Sunna authentique peut être considéré comme source.

 

Les principes de travail sont clairement énoncés. Mais quelles sont leurs implications ?

Et d'ailleurs, que désignent les mots "les anciennes révélations" ?

On serait tenté, dans un premier temps, de penser que cela désigne la Bible (Ancien et Nouveau Testament) ainsi que le Coran.

Pourtant, est-ce bien là la pensée du rédacteur ?

Quoique plusieurs versets du Coran soient considérés comme ayant été abrogés par des "révélations coraniques ultérieures", je n'ai jamais lu dans la littérature musulmane que le Coran aurait subi "des altérations et des erreurs de transmission"* et moins encore qu'il pourrait contenir "la vérité mais aussi l'erreur".

Il faut donc considérer que "les anciennes révélations" (mentionnées sans majuscule) désignent "la bible (ancien et nouveau testament)" (sans majuscule non plus).

 

Mais à quelles "altérations et erreurs de transmission" est-il fait référence ? S'agit-il de tenir compte des variantes textuelles dues soit à une erreur de copiste, ou au passage d'une langue dans une autre ? Ou – au contraire – est-ce une allusion à l'idée répandue dans les milieux musulmans selon laquelle "les juifs et les chrétiens" auraient "changé leurs écritures" afin de dissimuler le "fait" qu'elles auraient annoncé la venue de Mahomet ?

Or, si la question des variantes est bien documentée et sérieusement étudiée, l'idée que "les juifs et les chrétiens auraient falsifié la Révélation" ne repose absolument sur rien, tant au niveau historique que scientifique, et ne saurait servir de base de travail.

C'est pourtant sur cette base que le rédacteur énonce que "les anciennes révélations peuvent contenir la vérité mais aussi l'erreur" puisqu'il ne propose, pour comme guide pour y voir clair que "le Coran et la Sunna authentique".

Ainsi, selon ces principes, "ce qui ne contredit pas le Coran et la Sunna authentique peut être considéré comme source", et ce qui le contredit sera considéré comme falsifié… puisque "les anciennes révélations proviennent à l'origine de Dieu" et que Dieu ne  saurait se contredire.

 

En clair, on prend dans la Bible les passages que l'on peut faire coller au Coran (indépendamment du contexte, bien sûr) en affirmant que c'est la preuve de la continuité de la Révélation, et on rejette ceux qui sont trop en opposition au Coran, en rappelant que les Ecritures des Juifs et des Chrétiens ont été falsifiées… Méthode vieille comme l'islam.

 

Ce qui m'étonne, c'est qu'avec de tels "principes", l'imam termine sur ces mots : "Si le dialogue inter-religieux ne vous intéresse pas, vous avez le droit, passez votre chemin."

 

Or, il ne s'agit pas de dialogue inter-religieux, mais uniquement d'une lecture musulmane de la Bible, et d'un tri subjectif dans les textes bibliques.

Aussi, je "passe mon chemin", préférant à ce faux semblant la rigueur de pensée du prof. Campbell dans son "Le Coran et la Bible à la lumière de l'histoire et de la science" que l'on trouve sur Archive.

 

NB : L'image est une calligraphie du Notre Père, en arabe, bien sûr.

Notes

* Concernant d'éventuelles erreurs dans le Coran, il faut se rappeler que, dans la mesure où les textes du Coran étaient écrits à l'origine sans points diacritiques, des erreurs ont bien pu se produire lors de la fixation de la lecture du texte. D'autre part, l'établissement du texte définitif du Coran par Othman s'est fait en excluant des lectures et des verset qui furent alors déclarés "non canoniques", mais qui avaient circulés jusque là. Toutes les copies antérieures furent alors détruites sur ordre d'Othman.

 

Publié dans Vie quotidienne

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