La promenade

Publié le par Albocicade

A force d'être vissé à mon poste de travail depuis des mois, à ne pouvoir faire que 50 pas dans une direction et 20 dans l'autre, de voir mon cerveau se figer dans une vigilance sans cesse renouvelée pour répondre aux attentes de mes interlocuteurs d'un instant et pallier aux défaillances des systèmes électroniques censés rendre ma tâche possible, la chose était décidée : après la Saison, dès que j'aurais un peu de vacance, je ferais une promenade.

Pas la petite promenade de quartier : non ; quelque chose d'ambitieux, de mémorable.

Après avoir scruté la carte, j'optais pour une boucle de 66 kms, avec halte au milieu, à un monastère catholique du coin, à faire sur une journée.

Que de la route (pas envie de me perdre en colline sur des sentiers que je ne connais pas !).

Dernier jour de travail, repas le soir, à la maison : demain, je ne suis pas là.

Au matin, je m'équipe… sac à dos, quatre provisions de bouche, des vêtements plus chauds (si le temps tourne) et me voilà parti, short, tee-shirt, sandales.

Oui, parce que : "vacances", quand même.

Le rythme de départ est bon, et je m'imagine, légionnaire romain chaussé de ses caligae, doublant les étapes à marche forcée.

Au bout de 4 kms, je sens un pincement sous un pied. Bougre d'andouille ! Je n'ai pas porté ces sandales depuis plus d'un an, et mes pieds sont à la forme des chaussures de sécurités qui sont mon lot 12 heures par jour, chaque jour.

2 kms plus loin, ce sont les sangles de l'autre sandale qui commencent à gentiment me déchirer la peau. Desserrer cela, ça devrait aller. Et puis, je sais qu'il y a une boutique, dans le prochain village, où je pourrais acheter des pansements.

J'avance donc, d'un pas vif, jusqu'au village en question.

J'ai fait 12 kms, et maintenant pansé ça devrait aller. La route s'enfonce dans la campagne : parfait. Pourtant, le "vif" se déplace : ce n'est plus tant le pas, que le mal.

Je sais déjà que je ne ferais pas la boucle en entier. D'ailleurs c'était plus déraisonnable qu'ambitieux.

Je ralentis, ce n'est plus un pincement sous le pied, c'est une brûlure… Allons, du cœur au ventre ! Le rythme reprend, mais ma moyenne s'effondre. Ce n'est plus du 6 ou 7 kms heure mais plutôt du 4. A midi, j'ai fait 19 kms. Le temps d'une frugale collation, je décide d'abandonner, et repars boitant des deux pieds (ce qui, contrairement à ce qu'en affirme Brassens, ne fait pas marcher plus droit). J'avance péniblement, dans une désespérante solitude : c'est l'heure du repas, et pas une voiture ne passe à laquelle je pourrais tendre le pouce.

Enfin, alors que j'arrive devant un petit calvaire de croisée de chemin, contre lequel je m'étais appuyé un instant à la montée, j'entends un moteur.

Volte face, je tends le bras, pouce extérieur.

La voiture stoppe, me charge et la brave dame se rendant à son travail dans mon village, me ramène en moins de vingt minutes.

Il ne me restait plus qu'a rentrer et soigner, à la manière de Piquebouffigue, des ampoules de la taille d'un œuf de pigeon.

J'aurais ainsi parcourus 22 kms à pieds, mettant une heure pour les trois derniers : finalement… elle sera quand même mémorable, cette promenade !

 

Publié dans Vie quotidienne

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Laurence 09/09/2014 14:13

22...quand même !