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Cigale en prière

Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 14:33

http://static.skynetblogs.be/media/62974/eglise_saint_roch-thumb.jpg

 

Milieu de semaine, après-midi de congé. Dans l'attente d'un rendez-vous, j'ai une demi-heure de libre.

Je commence à déambuler dans les rues : une demi-heure à perdre… tuer le temps…

Tuer le temps ? Non, vivre le temps : j'ai besoin de prier, besoin de m'arrêter pour prier.

Je passe auprès de l'église du village.

Je ne l'aime guère : elle est écrite dans une langue qui n'est pas la mienne ; et même, je soupçonne quelques approximations de syntaxe.

Néanmoins, j'entre. L'église est déserte… absolument déserte. Il y a toujours plus de monde à picoler au bistrot d'en face que de gens à prier dans l'église.

Elle est déserte, et ça m'arrange : je vais pouvoir prier "de tout mon être"*, sans craindre l'oreille étonnée ou le regard narquois du badaud désoeuvré.

Au milieu de l'église, mon cœur s'ouvre. En slavon, en français, en grec, tant il est vrai que la forme des mots importe moins que leur sens et que la manière dont l'âme les porte.

Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel

Aie pitié de nous !

Je respire, enfin je respire !

Gloire au Père et au Fils et au Saint esprit

Maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

Je multiplie les métanies, petites et grandes.

Ma bouche prie, mon cœur prie, mon corps prie : "de tout mon être".

Je me tourne vers le grand crucifix, sur le côté :

Devant ta Croix

Nous nous prosternons, ô Maître,

Et ta sainte Résurrection

Nous la chantons.

Puis vers la statue de la Vierge (une statue, quelle idée ! Et en plus, elle ne présente pas le Sauveur… mais au-delà de ces apparences, je sais bien qu'ils ont voulu représenter celle qui a donné naissance à Celui qui est Dieu par nature, ce qui lui vaut le titre de Théotokos, de "Mère de Dieu")

Il est digne, en vérité,

De te célébrer ô mère de Dieu

Bienheureuse et très pure et Mère de notre Dieu;

Toi plus vénérable que les chérubins

Et incomparablement plus glorieuse que les séraphins

Et qui sans corruption enfantas Dieu-le-Verbe,

Toi véritablement Mère de Dieu

Nous te magnifions.

Puis de nouveau vers l'Orient, lieu du soleil levant (enfin, un orient bien symbolique… elle ne m'a pas l'air franchement "orientée", cette église)

Notre Père qui es aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite

Sur la terre comme au ciel

Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien

Pardonne-nous nos offenses

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé

Et ne nous soumets pas à l'épreuve

Mais délivre-nous du mal

Encore et encore… de prosternement en mots, de mots en silences… je respire.

 

Lorsque je suis sorti, c'était presque l'heure de mon rendez-vous, et franchement, je n'avais pas perdu mon temps !

 

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Note:

L'expression בְּחַיָּי (berhaïaï), littéralement "dans ma vie" est généralement traduit par "durant toute ma vie" (cf Ps 146.2), mais certains, notamment les Hassidim le comprennent "par toute ma vie", c'est-à-dire "avec tout mon être" : notre prière n'est pas "seulement" une action "mentale", mais aussi (entre autre) affective, et il n'y a aucune raison pour que notre corps, cette partie importante de nous-même soit écartée de la prière...

 

 

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Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 14:24

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Tout doucement, le rythme estival faiblit, et peu à peu mon cerveau (enfin, la masse informe en carton bouilli qui m'en tient lieu) fait mine de reprendre vie.

J'ai comme l'impression de me réveiller d'un mauvais sommeil agité, l'œil terne, la bouche embarrassée.

Même si les causes sont (ô combien) différentes, je pourrais reprendre à mon compte ces vers de Bonhoeffer :

 

Fatigué et vide à ne plus pouvoir ni prier, ni penser, ni agir, 

Et prêt à tout laisser dans un vertige de lassitude

 

J'émerge pourtant péniblement de ma torpeur et des questions me viennent, se bousculent : La lampe ? L'huile ? Quelle heure est-il ?

La lampe de mon cœur – si l'on peut appeler "lampe" ce pauvre lumignon à peine rougeoyant et qui prodigue généralement plus de fumée que de lumière – est bien mal en point ; brûle-t-elle seulement encore ?

De l'huile en réserve pour la lampe ? A vrai dire, j'ai la tête tellement embrumée que je n'en sais rien. Et si j'en ai, où l'ai-je fourrée ?

Et l'heure ? Quelle heure est-il ? Pas la moindre idée (mais ça, c'est normal).

 

Pourtant, cela ne m'alarme pas outre mesure.

Présomption de ma part ? Non, je ne crois pas. Indifférence non plus, d'ailleurs.

Plutôt cette confiance que le tout de ma vie n'est pas seulement entre mes mains, mais aussi (et même, surtout) entre les Siennes, et que sa miséricorde reste émerveillante, et que si ma tête. Ou pour le dire avec les mots du même poème :

 

Qu'importe, ô Dieu, puisque tu sais que je suis tien.

 

Il s'agit, bien sûr, du poème "Qui suis-je ?" de Bonhoeffer, ainsi que de la parabole des dix vierges (Mt 25 1-13).

 

Bon, dès que j'aurais récupéré, j'espère poster des billets plus construits…

 

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Dimanche 7 août 2011 7 07 /08 /Août /2011 14:34

http://www.coptic.net/pictures/Icon.Transfiguration.jpg

6 août, fête de la Transfiguration, de la "métamorphose" du Christ.

Quelques extraits du Canon de la fête par St Cosmas de Maïouma

 

III. 2   

Le Sauveur

qui jadis, dans le désert, 

guidait Israël grâce à une colonne flamboyante                

c'est le Christ

qui aujourd'hui, sur le Mont Thabor,

a resplendi d'une lumière indicible.

 

IV. 2

Debout à tes côtés comme des serviteurs avec leur Maître, ô Christ,

ils s'entretenaient avec toi,

eux à qui tu avais jadis adressé la parole,

dans le souffle de feu et la ténèbre

ou dans une imperceptible brise :

gloire à ta puissance, Seigneur !

 

IV. 4

C'est ton départ du monde par la Croix que tes ministres faisaient connaître sur le Thabor :

Moïse qui, jadis t'avait contemplé à l'avance dans le feu et le buisson

et Elie emporté dans les airs par un attelage de feu

 

VIII. 4

De son entretien avec Dieu dans la ténèbre,

Moïse ressortit le visage rayonnant de gloire ;

le Christ, lui, se revêt de lumière et de gloire comme d'un manteau,

car il est l'auteur de la lumière, et il éclaire de ses rayons ceux qui lui chantent :

"Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur".

 

IX. 1

Dans la crainte, les disciples, inondés d'une lumière toute nouvelle

et baignés d'une même clarté, se regardaient l'un l'autre et,

pris de frayeur, courbés jusqu'à terre devant toi, Maître de l'univers,

ils se prosternèrent.

 

IX. 2    De la nuée sortait à grand bruit et une voix divine qui authentifiait le prodige,

celle du Père des lumières, proclamant à l'adresse des apôtres :

"Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.

 

Et pour terminer :

V. 4

Lorsque, ô Christ, les disciples virent ton éclat éternel resplendir dans la gloire du Père,

ils te clamaient :

"Dirige nos pas dans ta lumière".

 

Et pour les curieux, quelques références bibliques…

III. 2 : Ex 13.21

IV. 2 : Mt 17.3, Ex 19.18 ; 20.21, 3 Regn 19.12 (= 1 rois 19.12)

IV. 4 : Lc 9.31, Ex 3.3-6, 4 Regn 2.11 (= 2 Rois 2.11)

VIII. 4 : Ex 34.35, Ps 103.2 ; Mt 17.2, Dan 3.57

IX. 1 : Mt 17.6

IX. 2 : Mt 17.5, Jac 1.17, Mc 9.7

et

V. 4 : Sir 2.6 ; 37.15 ; Ps 5.8


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Mardi 22 mars 2011 2 22 /03 /Mars /2011 14:32

chapelle-dormition.jpg

 

J'entre dans l'église. Douce pénombre à laquelle mes yeux s'habituent peu à peu après la lumière de dehors.

Métanie. Dieu est présent partout, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur, mais puisque j'entre dans "sa" maison, je salue le Maître des lieux.

En fresque, dans le sanctuaire, le Christ – image visible du Dieu invisible (Col 1.15) – et devant lui, le prêtre qui s'affaire.

Prenant un cierge, je m'avance vers la grande icône du Christ, à l'entrée du sanctuaire, à droite des "portes royales". Mon corps s'approche de l'icône, mais c'est devant le Christ lui-même que je me prosterne.

Ayant allumé mon cierge à la flamme d'un autre, je l'installe devant l'icône : quelle que soit la position du cierge, la flamme monte toujours… "que ma prière monte vers toi comme l'encens…"

Puis, regardant le Sauveur, je lui dit le secret de mon cœur : "Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur".

Tout autour sur les murs, entourant le Christ, ils sont là, nombreux. Représentés en fresque ou en icône : les saints.

Parmi ceux que je connais, il y en a certains que j'affectionne particulièrement : hommes rudes, austères, certes, mais d'une grande patience, d'une douceur à toute épreuve, d'une compassion sans borne.

D'autres que je regarde avec un brin de méfiance : de grands hommes, oui, des hommes de Dieu, incontestablement, mais (selon ce que je sais d'eux) qui furent parfois un peu trop "vifs", se laissant à l'occasion emporter par des colères pas toujours justifiées…

Je voudrais ressembler aux premiers, mais ceux qui me connaissent m'identifieront spontanément aux seconds (pour ce qui est du caractère, cela va de soi…)

Bien sûr, même ces derniers sont entrés dans la Lumière éternelle de Dieu (qui donc a dit "C'est par grâce que nous sommes sauvés" ?… ce qui me laisse beaucoup d'espoir) et sont maintenant pacifiés, tandis qu'en moi…

 

Et je repense à cette parole du P. Jean-Marie, à Chelles :

"Dans une église, les saints sont sur les murs ;

entre les murs, il n'y a que des pécheurs."


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Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 14:19

  Normalement, ce lapin est bleu

Après une semaine au flanc de montagnes élevées (avec un accès internet des plus capricieux), me voici de retour dans mes montagnes.

Et tandis que cette semaine de vacances était sous le signe du repos, des loisirs, des retrouvailles, par le simple fait de l'éloignement et de la rupture des habitudes, ce fut finalement une bonne entrée dans le carême.

Et maintenant, reprise des bonne habitude : il y a tout un chemin jusqu'à Pâques.

Je laisse au Lapin Bleu la responsabilité de ses opinions (quoique ce qu'il dit dans la suite n'est vraiment pas dénué de sens) et me prépare à reprendre la route avec St Ephrem le Syrien (oui, je sais, le carême est commencé depuis une semaine… et alors ?)

Jour après jour, presque chaque phrase est un déchirement. J'aimerais tant pouvoir en esquiver certaines, en modifier d'autres. Accentuer ceci, atténuer cela.

Mais non. Il va falloir marcher. Et c'est tant mieux : arriver à ce que Dieu soit, au moins un peu, le "Seigneur et maître de ma vie"… laisser germer en moi l'attente et l'espérance de la Lumineuse nuit de Pâques.

 

Seigneur et maître de ma vie

Eloigne de moi l'esprit de paresse, d'abattement,

de domination, et de vaine parole.

 

Mais donne à ton serviteur

un esprit d'intégrité, d'humilité,

de patience et d'amour.

 

Oui, Seigneur roi

Donne-moi de voir mes péchés

et de ne pas juger mon frère.

 

Car tu es béni dans les siècles des siècles.

Amen.

 

 

Et pour ceux qui, tout en priant, veulent en savoir plus sur St Ephrem et autres Syriaques, je ne peux faire moins que signaler la bibliothèque du "Journal of syriac studies". Bon d'accord, la plupart des articles sont en anglais, mais ça pourrait être pire : ils auraient pu être rédigés dans une langue étrangère…


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Vendredi 17 décembre 2010 5 17 /12 /Déc /2010 14:36

http://www.ivoirediaspo.net/wp-content/uploads/2010/11/Electricite.jpg

 

Depuis quelques jours, à mon poste de travail, je subissais un phénomène nouveau et tout à fait déplaisant : à chaque fois que je prenais un trousseau de clef ou que je saisissais la poignée de la porte, je recevais une décharge électrique.

Rien de bien mystérieux à cela : avec le froid qui s'installe, je me couvre copieusement, et manifestement mes multiples épaisseurs génèrent beaucoup d'électricité statique.

Mystérieux, non… mais douloureux tout de même .

Alors, j'ai trouvé une parade : la métanie.

A peine levé de mon siège, mon buste s'incline, mon bras se tend, ma main touche le sol, puis je me redresse et mon geste s'achève en signe de croix.

Dès lors, plus de "coup de jus" intempestif.

Oh, je sais bien, un esprit carré m'objectera sans doute que le signe de croix n'y fait rien, que c'est simplement le fait de toucher le sol qui me décharge de cette électricité excédentaire… J'en conviens tout à fait…

Et pourtant, quelle différence de qualité…

Alors que précédemment j'étouffais (ou laissais échapper) un juron à chaque décharge, maintenant, à mesure que je me redresse, s'élève en mon cœur une joie, une jubilation qui accompagne mon signe de croix…

Après tout, c'est aussi une occasion de rendre grâces.


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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 14:00

ps103.jpg

 

Est-ce le contrecoup de l'été (grosse saison au boulot), la préparation acharnée de l'hiver (avec le bois à préparer) ou simplement la chute des premières feuilles, sans être franchement ronchon, je manque un peu de punch.

Aussi, j'espérais monter à l'Eglise, ce dimanche, pour me ressourcer. Hélas, j'apprend que la prochaine Liturgie sera le 10 octobre.

Bon, je ne vais pas bougonner pour autant, mais tout de même…

Et voilà qu'au courrier, il y a le programme de la paroisse, avec au dos un passage du "Journal" du P. Alexandre Schmemann dont j'extrais quelques lignes, pour moi, pour nous.

 

"Rencontres, discussions, coups de téléphone. Je suis las de mes propres lamentations (…/…)

Clarté lumineuse de ces froides journées automnales.

Le commencement de la "fausse religion" est l'incapacité de se réjouir, ou plus exactement, le rejet de la joie. Cependant, la joie est absolument essentielle, car elle est le fruit indubitable de notre perception de la présence divine. On ne peut savoir que Dieu existe et ne pas se réjouir.

Ce n'est que par référence à la joie, que la crainte de Dieu, le repentir, l'humilité sont justes, authentiques, féconds. Si l'on reste en dehors de la joie, ils deviennent facilement "démoniaques", ils dénaturent en profondeur l'expérience religieuse."

 

Et moi qui commençais à me laisser aller à la morosité !

D'autant que je sais bien qu'il a raison. Allez, je me secoue. La fatigue n'est bien souvent qu'un prétexte. D'un coup me revient au cœur une joie faite de reconnaissance, une sorte de lumière au fond des yeux.

 

Merci à P. Nicolas pour ce texte partagé… et puis la prochaine Liturgie, ce n'est finalement pas dans très longtemps.

 

PS : le "marcheur" de l'image chante "Mon âme, bénis le Seigneur..." (psaume 103), j'ai envie d'en faire autant.


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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 14:57

 

http://www.holy-cross.ca/images/icon1.jpg

 

Fin d'été.

A mon poste de travail, je vois défiler les gens.

Tiens, voilà qui est curieux… suspendu à côté de la tête de celui-ci, il y a une sorte de reproduction d'icône. C'est petit, certes, mais indéniablement, c'en est une. Très "catholique", toutefois…

 

Moi : Elle est très "latine", votre icône…

Lui, peu expressif : Oui.

Moi, pas très convaincu : Elle vient de Roumanie ?

Lui : Non, du Moyen-Orient

 

Bien sûr, ce style, c'est nettement plus de là-bas…

 

Moi : De Syrie ?

Lui, imperturbable : Exactement, de Syrie.

Moi : Alors, excusez-moi pour la prononciation, mais المسيح قام !

Il esquisse un sourire :  المسيح قام, oui, on comprend très bien… حقا قام !

Puis il est reparti.

 

Je sais bien que ma prononciation de l'arabe est déplorable, pourtant, lorsque je lui ai dit

"Le Christ est ressuscité"

(المسيح قام = Al Massiou Qham)

Il m'a répondu

"En vérité, Il est ressuscité !"

(حقا قام = Ahqhan Qham)

 

Ce fut, le bref espace d'un instant, Pâques en plein été.

 


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Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 14:48

la-cigale-et-la-fourmi

 

Chacun connaît la Cigale crève-la-faim de ce bon M. de La Fontaine. Le thème a été repris à l'envie, amplifié, détourné, déformé…

 

Mais qui se souvient de Tithon, un des fils de Laomédon ? Ce pauvre Tithon, qui fut – par le désir d'Eos – doté d'une vie sans fin. Sans fin, certes mais pas sans les multiples maux qui accompagnent le grand, le très grand age… Et  Tithon vieillissant, abandonné par Eos, se racornissant indéfiniment fut – ainsi le raconte la légende – finalement transformé en cigale…

 

Plus gaie est l'anecdote qui mit aux prises Eunome de Locre et Ariston de Règhe en une joute mélodique. Alors qu'il jouait en se surpassant, et en tentant de surpasser Ariston, Eunome cassa une corde de sa cithare. C'en était fait de ses espoirs lorsque, se posant sur le manche de l'instrument, une cigale suppléa par son chant à la corde manquante, assurant au Locrien une victoire… sur le fil.*

On raconte que, de ce jour,  les monnaies battues à Locre portaient l'effigie d'une cigale.

 

Enfin, peut-on cheminer dans l'Antiquité grecque sans aller, au petit soir, écouter Anacréon vanter les mérites de la bestiole ailée ?

C'est donc son ode 43 que je vous livre dans la traduction rimée que J.B. de Saint Victor donna en 1813.

 

O Cigale mélodieuse !
Que ta destinée est heureuse!
Que tu vis sous d'aimables lois !
Dans les parfums de la rosée
Tu t'enivres, reine des bois!
Puis, sur un vert rameau posée,
L'écho retentit de ta voix.
Les fruits que prodigue l'automne,
Les biens qu'apporte le printemps,
La faveur des Dieux te les donne,
Dans le bocage et dans les champs.
Des guérets hôte pacifique,
Ta vue est chère au laboureur;
Nous aimons ton chant prophétique,
De l'été doux avant-coureur.
Les Muses daignent te sourire ;
Et tu tiens du dieu de la lyre
L'éclat de tes joyeux accents.
Sur toi, la douleur ni les ans
N'exercent jamais leur empire

Des bois oracle harmonieux,

Fille innocente de la terre,

Ta substance pure et légère

Te rend presque semblable aux dieux.

 

Mais de toutes ces cigales du monde hellénique, aucune – non, vraiment aucune – n'égale en mon cœur celles d'Astérios le Sophiste, et qui, au cœur de la campagne antiochienne chantent :


"Seigneur, notre Seigneur,

qu'il est admirable ton nom sur toute la terre!"

 

* NB : Cette histoire, rapportée dans la Géographie de Strabon (VI 1. 9), est aussi citée par Clément d'Alexandrie dans le prologue de son Protreptique.

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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /Juil /2010 14:27


+vict

 

J'étais tout minot ; six ans peut-être, sept tout au plus. La famille était allée rendre visite à des amis dans un hameau du côté d'Aspres sur Buech, et bien sûr, j'en étais.

Au cours de la journée, notre hôte dit : "Au fait, juste à côté, il y a une sorte d'ermite orthodoxe qui s'est installé dans une vieille bergerie ; si ça vous dit, nous pouvons aller lui rendre visite…"

Quoique peu enclins à la prière, les parents acquiescèrent, probablement curieux, suivis de la marmaille.

Je ne me souviens absolument pas de l'ermite, ni même de la bergerie. Juste, bien calé dans un coin de ma mémoire, le souvenir d'une sorte de pièce voûtée, plutôt sombre, avec – contre un mur – une icône faiblement éclairée par une bougie. C'est tout.

Au fil des années, l'ermitage a vu arriver des personnes en quête de spiritualité, en quête du Christ… Beaucoup simplement de passage pour quelques semaines, quelques mois. D'autres sont devenus moines.

 

A vrai dire, je n'ai pas suivi cette évolution de près. Et même, depuis que j'en ai eu connaissance il y a plus de vingt ans (alors que je venais de découvrir l'Evangile grâce au zèle bienveillant de quelques protestants) les contacts sont restés rares : éloignement géographique, difficulté de se rendre avec femme et enfants dans un monastère d'homme…

Contacts rares, donc, mais vraiment appréciés.

Aussi, lorsque dernièrement je sus que je serais dans les parages un dimanche, je décidai de profiter de l'occasion qui m'était offerte.

A part la neige qui avait fondu depuis la dernière visite (en hiver, il y a environ six ans, pour une liturgie dans la petite chapelle St Martin à l'entrée du monastère), la route n'avait pas changé. Par contre, au milieu de la cour du monastère, une belle église, flambant neuve, constitue une nouveauté de taille !

J'entre ; les matines sont commencées depuis longtemps. Dans les stalles, quelques moines, un novice, et un jeune venu réviser en vue de ses examens.

Si de l'extérieur l'église est belle, de l'intérieur, elle est magnifique : colonnades, iconostase, ouvertures… l'ensemble est harmonieux, rafraîchissant.

Oui, c'est bien le mot. Et même, ça caille : comme un âne, je suis venu en chemisette… bien fait pour moi.

Quelques rares habitués arrivent pour la Liturgie.

Le chœur (trois moines, dont un  hiéromoine) chante. Les mélodies sont byzantines, mais les paroles en français… je peux suivre, entrer dans la prière.

Je n'en dirai pas plus : il en est de ces moments trop intimes qu'il n'est pas utile de décrire.

 

Au sortir de la liturgie, après le café, je suis convié à partager la table des moines… je les avais prévenu que je serais seul.

Le réfectoire est simple, rustique, monacal. Sur le buffet, un téléphone décroché : qu'y aurait-il de si urgent qui ne puisse attendre une heure ou deux ? Nous sommes aux antipodes de la dictature du portable.

Bénédiction. Nous prenons place.

A peine assis, un des moines se relève pour rejoindre, en bout de table, un lutrin : pendant que nous mangerons en silence, il lira des passages de la vie d'un saint. Ce jour là, c'était l'Ancien Païssios de l'Athos.

Fin du repas, clochette, le moine cesse sa lecture.

Bénédiction. Nous quittons la table tandis que le moine lecteur prend place : il va pouvoir manger.

 

Soutane noire et barbe copieuse (mais la description pourrait plus ou moins s'appliquer à n'importe lequel d'entre eux), un des moines me fait visiter les lieux :  un peu à l'écart, la première église… une ancienne bergerie. Bien sûr, probablement celle que j'avais vu, il y a déjà quelques décennies. Nous faisons le tour, tout en devisant : l'ancien baptistère, le cimetière, l'hôtellerie, et (la fierté se laisse entendre dans la voix) le clocher qui vient d'être achevé…

 

Puis l'archimandrite Victor me reçoit. C'est le fondateur du monastère, l'ermite d'il y a longtemps. Ce doit être la quatrième fois que nous nous rencontrons en presque quarante ans.

Il y a quelques années, la maladie –  plus que l'age – l'a décidé à remettre la charge de conduire la communauté à un moine plus jeune (qui ce jour là était à Manosque, pour célébrer la Liturgie dans une chapelle dépendant du monastère).

 

Après les vêpres, vers 15h30, je redémarre la voiture direction la vallée, direction la maison.

Le retour ne se fera pas en cinq minutes, je le sais bien. Cela me laissera le loisir de méditer sur le temps étrange qui, fécondé par la prière, fait d'une bergerie une église ; d'un ermite un higoumène…

Ah, au fait, pour en savoir plus : le monastère a un petit site

 

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