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Cigale patristique

Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 14:23

http://cast.vetodax.pagesperso-orange.fr/img/img155.jpg

 

Avez-vous déjà vu un chien occupé avec un os ?

Platon le dit : le chien est un animal philosophe ! Si vous l'avez vu, vous avez pu noter avec quelle application il garde son os, ne le quittant pas de l'œil, avec quelle délicatesse il commence à le ronger avant de le briser subitement, avec quelle gloutonnerie il en suce finalement la moelle. Car c'est bien pour cela qu'il se met en peine.

A l'exemple de ce chien et de son os, il convient d'être sage.

Cependant, ce ne sont pas des os mais des livres qu'il nous faut chercher, des livres de qualité dont nous pourrons avec application tirer ce qu'ils ont de meilleur, de nourrissant : leur "substantifique moelle".

 

Il n'est pas dans mes habitudes de me référer à Rabelais, moins encore de le citer (d'ailleurs, ce n'est pas exactement une citation, plutôt une petite paraphrase d'un passage célèbre du prologue à Gargantua), mais là, je n'ai pas résisté : c'était trop tentant.

Le chien et son "nonosse", comment dire, c'est presque trop beau pour présenter "mon" auteur.

 

Un poète, cet auteur, un émule d'Homère et de son style. Et bien sûr, il écrivait en grec.

Curieusement, il n'a pas été intégré dans Sources Chrétiennes. A mon avis c'est dommage. C'est vrai, quoi, une paraphrase de l'Evangile selon St Jean en vers héroïques, ça ne court pas les rues.

Les traductions non plus, d'ailleurs : en français, il n'y en a qu'une, celle du Comte de Marcellus, en 1861. Introuvable.

 

Une manière nouvelle d'aborder le texte de l'Evangile : non pas un commentaire bien technique, plutôt le déploiement d'une fresque, comme une immense tapisserie.

Il a comme "grignoté" chaque mot de l'Evangile, le poète, pour en faire ressortir ce qui était inséré en eux, nappant le tout d'une sauce homérique.

 

Bref, vous en êtes à vous demander "Mais qui est-il donc, ce poète qui nous a valu un tel préambule ?"

 

Allez, je me lance : il s'agit de "Nonnos".

Un Egyptien hellénisé de Panopolis, une ville sur la rive du Nil.

Un acharné de l'hexamètre dactylique : plus de 20000 vers pour chanter… Bacchus.

Heu, j'avais parlé de l'Evangile, non ?

En fait, il a commencé par un immense poème sur la jeunesse de Bacchus/Dionysos, puis, après ses "Dionysiaques", et sans que l'on sache encore comment s'est opérée cette transition quelque peu improbable, il a bel et bien composé une paraphrase (une "métabole", pour être précis) du quatrième évangile.

 

C'est donc la traduction de ce texte que je propose :

Paraphrase de l'Evangile de Jean par Nonnos de Panopolis, traduite par le Comte de Marcellus, 1861, introduction par Albocicade.

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Samedi 24 décembre 2011 6 24 /12 /Déc /2011 14:12

 

http://uocvancouver.com/church/wp-content/uploads/2011/11/nativity-icon.jpg

Voici un mystère nouveau et admirable !

La voix des bergers retentit à mes oreilles, non pas - comme c'est l'usage - accompagnée de la musique des flûtes, fifres et autres tambourins mais par les hymnes célestes.

Les anges chantent, les archanges font résonner leurs voix, les chérubins y vont de leurs cantiques et les séraphins rendent gloire : tous célèbrent cette fête dans laquelle ils contemplent Dieu sur la terre et l'homme dans les cieux.

Oui,  Celui dont la nature était élevé se retrouve abaissé dans son incarnation et celui qui était abaissé devient élevé par la miséricorde.

Aujourd'hui Bethléem imite le ciel : les astres de son firmament, ce sont les anges qui chantent leurs cantiques; son soleil, c'est est le Soleil de justice qui ne peut être circonscrit.

A quoi bon chercher comment cela a pu être accompli : lorsque Dieu veut, l'ordre de la nature doit céder. Il a voulu , il a eu la puissance, il est descendu , il nous a sauvés : la volonté de Dieu s'accomplit en toutes choses.

Aujourd'hui, Celui-qui-est prend naissance, Celui-qui-est devient ce qu'il n'était pas.

Etant Dieu, il devient homme sans toutefois abandonner sa divinité. Ce n'est pas en perdant sa divinité qu'il devient homme, ni en s'ajoutant une qualité que d'homme il devient Dieu ; mais il est le Verbe, et, quoique sa nature demeure la même, il s'est fait chair.

 

Des rois sont venus, et c'était pour vénérer le Roi du Ciel qui venait sur la terre, non pas escorté par des anges, des archanges, et toute l'armée céleste; mais parcourant un chemin nouveau, une route inconnue, naissant d'une jeune fille encore vierge. Cependant, il n'abandonnait pas le gouvernement des légions célestes, ne se perdait pas de sa divinité lorsqu'il se faisait homme, et c'est pourquoi des rois vinrent l'adorer comme le céleste Roi de gloire.

 

Celui qui, éternellement, est né du Père d'une manière inexprimable, naît en ce jour  de la Vierge à cause de moi d'une manière inexplicable et merveilleuse.

II est né du Père, avant les siècles, conformément à sa nature ; et aujourd'hui, il naît en dehors des lois de la nature et la grâce de l'Esprit-Saint en est témoin.

Ce n'est pas la nature qui a agi : c'est la volonté du Seigneur qui a opéré. Le Fils unique, qui est avant tous les siècles, impalpable, simple, incorporel, a revêtu un corps mortel et visible comme le mien !

 Et pourquoi donc ? Pour que son aspect nous enseigne, et qu'ainsi enseignés il nous conduise par la main des réalités visibles vers les réalités invisibles?

 

Que dirai-je encore ? Ce mystère me frappe d'admiration.

L'Ancien-des-jours devient enfant; Celui qui siège, majestueux, sur un trône glorieux et inaccessible est couché dans une mangeoire; Celui qui est inatteignable, impalpable, est touché par des mains humaines ; Celui qui brise les liens du mal est enserré dans les liens que forment ses langes, parce qu'il l'a voulu ainsi.

Il a résolu de changer l'indignité en honneur, l'infamie en un titre de gloire, la faiblesse extrême en une démonstration de puissance. C'est pourquoi il a pris corps semblable au mien, afin que, de mon côté, je puisse porter son Verbe en moi ; et prenant ma chair, il m'a donné son Esprit, afin que donnant et recevant il puisse amasser pour moi un trésor de vie. Il a pris ma chair, afin de me sanctifier; il m'a donné son Esprit afin de me sauver.

 

Ce n'est pas la nature qui avait préparé cet enfantement, mais c'est le Maître de la nature qui introduit ce mode inusité de naissance, afin de montrer, en se faisant homme, qu'il ne naît pas comme un homme, mais comme un Dieu.

Etant Dieu, il s'est fait homme, sans renoncer à sa divinité. Etant le Verbe, non sujet au changement, il s'est fait chair: il s'est fait chair afin d'habiter parmi nous. Il n'est pas devenu Dieu, mais il était Dieu. Mais il s'est fait chair, afin qu'une simple mangeoire pût recevoir Celui que le ciel ne pouvait contenir. Il est donc posé dans la mangeoire, afin que Celui qui nourrit toute créature reçoive d'une vierge mère la nourriture qui convient à un petit enfant.

De la sorte, le Père des siècles à venir devient un enfant que l'on allaite et qui dort entre les bras d'une jeune fille, afin d'offrir aux mages un accès plus facile. Car aujourd'hui les mages arrivent et donnent comme exemple de ne point obéir au tyran : le ciel se réjouit et indique le lieu où repose son Seigneur.

 

 

Venez donc et célébrons cette fête; venez et que ce soit pour nous un jour de solennité. Que la manière de célébrer cette fête soit extraordinaire, puisque le récit de cette naissance est extraordinaire.  Aujourd'hui, le lien antique est brisé, le diable est couvert de confusion, les démons se sont enfuis, la mort est détruite, le paradis est ouvert, la malédiction est effacée, le péché a été banni, l'erreur a été vaincue, la vérité est revenue, et la parole de la foi est répandue et propagée en tous lieux.

 

Joyeux Noël

 

D'après une homélie du IVe siècle,

autrefois attribuée à St Jean Chrysostome

 

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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 14:45

http://www.histoire-france.net/temps/renaissance/imprimerie.jpg

Seuls les plus âgés se souviennent peut-être encore de l'émoi qui accompagna la sortie des premiers ouvrages des ateliers de Gutenberg.

Ce furent – bien sûr – les membres de la Confrérie C.G.T. (les Copistes-Gommeurs-Traceurs) qui se firent le plus entendre.

Leur argument principal était la laideur des ouvrages imprimés.

En effet, par quoi prétendait-on remplacer leurs manuscrits soigneusement copiés ? Par un texte froid, mécanique, sans âme. Les enluminures délicatement tracées, méticuleusement rehaussées des couleurs les plus fines, se voyaient chassées par de pauvres lettrines grossièrement taillées.

Non, franchement, c'était rabaisser le Texte au rang de produit de consommation courante.

On chuchotait même que ce n'était pas des mots, mais des "anti-mots" que l'on composait dans ces ateliers, les lettres étant gravées à l'envers.

Et puis les fautes !!!  Oui, bien sûr, il arrive aux copistes d'en commettre ; mais une à la fois. Tandis que là… la moindre erreur était reproduite presque à l'infini…

 

D'un autre côté, il fallait bien le reconnaître, ce Gutenberg avait réussi à produire plus de 150 exemplaires de la Bible en trois ans, ce qui équivalait à un scriptorium de 150 copistes durant le même temps.

Et avec sa presse et ses "caractères mobiles", il pouvait recommencer pendant des années : c'est solide une presse… "Deutsch Qualität", comme on disait à l'époque.

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRwAMgz45yW3q_Cr7QPLsenlOiIPgzuYn4FAAz60D0OvnD-k5rC

Je pense à cette période tandis que je m'acharne à transformer des fichiers textes en un format acceptable par les "livres électroniques", ces espèces de tablettes qui sont censées remplacer le livre imprimé comme celui-ci avait détrôné le manuscrit.

A vrai dire, pour le moment je patauge un peu… mais ça va venir.


http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSFqwR4gcMkEA4VVW5uXmWijSeqfB5q2JG3pur0RpvFEIK0MSpqEn attendant, j'ai mis en ligne – dans le bon vieux format "pdf" – deux documents.

 


 

D'une part, en cette période qui nous prépare à fêter la naissance du Christ :

La pleine divinité de Jésus Christ selon l'Epître aux Philippiens : Deux homélies de St Jean Chrysostome

Sur Scribd et sur Archive

 

 

Ensuite, une grosse compilation :

Les apologistes chrétiens au deuxième siècle : Chrétiens dans une société hostile.

Sur Scribd et sur Archive


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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 12:37

 

http://homepage.mac.com/joel.jalladeau/aude/page10/files/page10_3.jpg

Quelques jours de congés, un escapade en solitaire (puisque les autres cigales sont soit au travail, soit à l’école) direction l’Ariège.

Départ dimanche avant l’aurore, quelques heures de route puis, au niveau de Carcassonne, je bifurque sur la gauche : il y a un monastère dans le coin, et je suis dans les temps pour participer à la liturgie.

Dans la chapelle, je suis simple laïc.

Fatigue de la route, ressourcement de la prière, présence du Sauveur…

Après la liturgie, je vais voir le moine acolyte, pour lui demander conseil : j’ai remarqué que son encensoir est toujours prêt quand il faut… Avec bonté, il accueille mes questions, me répond dans un français plein de bonne volonté. « Vous êtes roumain ? » « Non, brésilien… »

Il me faut reprendre la route : je suis encore à plus de deux heures de mon objectif.

En quittant le chemin du monastère, je vois que le GPS m’invite à prendre la direction opposée à celle que j'envisageais. Allons, bon ! Puisque rien ne presse, partons à la découverte.

Quelques kilomètres plus loin, un village au nom familier : St Polycarpe.

St Polycarpe de Smyrne, un sacré martyr !

Et puis aussi, c’est une vieille histoire, St Polycarpe et moi : un des premiers textes patristiques que j’ai lu.

Le village est petit, l'église médiévale magnifique.

Je me gare. La porte est ouverte. Dans le vestibule (qui est aussi la base du clocher) un escalier vertigineux.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e7/Stpoly.JPG

Puis l’église, toute en longueur. Si l'extérieur est impressionnant, l'intérieur semble plus banal.

Au mur, un tableau représentant le Christ en croix avec, de part et d’autre, St Polycarpe et St Benoît : il est vrai que l’église était l’abbatiale d’un monastère bénédictin. D’autres tableaux, très XVIIIe siècle, trop sombres. Sous l'autel, des reliquaires anciens…

Banal ? Je lève les yeux : là-haut, quoique relativement effacées, des fresques romanes, splendides (ici, ou encore , par exemple)

 

Il faudrait pouvoir se rapprocher, mieux éclairer, mais déjà ce que je vois est impressionnant.

Mon regard redescend et, surprise, arrive sur une icône grecque de St Polycarpe, offerte par la famille d'un nommé "Polycarpe", justement.

La boucle est bouclée.

Du coup, j'ai eu envie de rendre plus accessible les documents concernant Polycarpe : la lettre qu'il écrivit aux chrétiens de Philippe, la lettre que St Ignace lui écrivit, et bien sûr, le récit de son procès et de son martyre.

J'ai rassemblé tout ça dans un document que j'ai mis en ligne sur Scribd et sur Archive.

 

Et qu'il me soit permis de le faire aussi comme une sorte d'hommage à celui de qui je suis redevable d'à peu près tout ce que je sais au niveau patristique : tandis que j'étais là, dans cette église, il vivait ses derniers instants sur terre…

Que Dieu l'accueille et le fasse reposer dans un lieu duquel sont absent la peine, la tristesse, les gémissement et lui accorde une mémoire éternelle ! 

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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 14:10

http://4.bp.blogspot.com/-6gfniELB8r4/TbhaSVXiXRI/AAAAAAAAAMM/Ds6Bsy9W5U8/s400/desert.jpg

Depuis quelques temps, j'ai repris le travail autour d'Abu Qurrah.

J'écris "autour", puisque c'est bien de cela qu'il s'agit : mieux connaître, mieux comprendre le contexte dans lequel il vécut, pour éviter le relativisme et la caricature, deux écueils (l'un par défaut, l'autre par excès) qui ne rendent justice ni à l'évêque, ni à ses interlocuteurs.

 

Le contexte, c'est d'abord l'islam, bien sûr, puisqu'Abu Qurrah vivait dans une société dominée par les nouveaux "maîtres du monde" (du moins, de cette partie du monde).

Pour cela, avoir lu le Coran est certes indispensable, mais bien insuffisant : il me fallut donc me plonger dans les hadiths, consulter Tabari et autres historiographes musulmans, ainsi que des récits et témoignages plus récents.

La rencontre d'un  Syrien fort civil et profondément convaincu que l'islam est l'avenir naturel de l'humanité m'apporta aussi de nombreux éléments de compréhension de la psychologie qui sous-tend la relation historique de l'islam conquérant avec les autres religions.

 

Mais dans cet environnement musulman,  Abu Qurrah était chrétien. Comme l'avait été avant lui Jean Damascène, ou comme le fut après lui Yahya ben Adi.

Si Ben Adi fut un logicien de premier ordre, il était quelque peu rigide dans ses démonstrations. De son côté, Abu Qurrah était plus "souple", et en cela plus proche de Jean Damascène. (A ce propos, le petit traité de Jean Damascène "Dialogue d'un chrétien et d'un musulman" est lisible presque in extenso sur le blog de Ren'  au fil de trois billets : 1, 2 et 3)

 

Mais (on l'oublie souvent) il y avait des chrétiens parmi les Arabes bien avant l'islam. C'est ce que l'étude de Nau "Les arabes chrétiens de Mésopotamie et de Syrie du VIIe au VIIIe siècle"(ce fut son dernier ouvrage) nous remet en mémoire.

 

Enfin, Abu Qurrah, Jean Damascène ou Yahya ben Adi ne furent pas les seuls à chercher à défendre la foi chrétienne face à la religion des vainqueurs de la veille. Ce que Khoury développe dans cet ouvrage largement consultable.

A ce propos, si la figure du moine Bahira (Cf Chronique de Tabari, chap 46 du tome 2 de la traduction de Zotenberg) est largement connue et commentée en islam, elle ne fut pas totalement ignorée du monde chrétien… même si l'approche en est radicalement différente. Pour preuve, cette "Histoire du moine Bahira" dont on en connaît des versions arabes, syriaques et même latine ! J'ai donc placé, en français, une étude fort intéressante de ce texte et, en anglais, une traduction complète.

 

Les documents mis en ligne pour l'occasion sont donc :

"Les arabes chrétiens de Mésopotamie et de Syrie du VIIe au VIIIe siècle": Etude sur les origines de l'islam par l'abbé François NAU, 1933

Sur Archive et sur Scribd

 

La légende de Bahira, ou Un moine chrétien auteur du coran : Présentation et analyse du texte intitulé "Histoire des relations du moine Bahira et de l'Arabe, raconté de auditu par le moine Morbah" (manuscrit 215, fond arabe, de la Bibliothèque Nationale de Paris) par le Baron Carra de Vaux, 1897

Sur Archive et sur Scribd

 

A christian Bahira legend : Introduction, English translation of the Syriac and Arabic texts, with also the syriac and arabic texts, by Richard Gottheil.

Sur Archive et sur Scribd

 

 

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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 14:08

http://www.orthodoxa.org/images/gif/decorations/noiretblanc/liturgie6.gif

 

Fin 361, un fils dévoué, âgé de 31 ans et libre de toute attache, cède aux appels répétés de son père, âgé de plus de 80 ans, pour lui prêter main-forte et le soutenir dans sa vieillesse chenue.

L'un et l'autre s'appellent Grégoire ; mais tandis que le jeune ne rêve que de se consacrer – à l'écart des tumultes du monde – à une vie d'étude et de prière ; le père, évêque de la petite ville de Nazianze en Cappadoce, compte sur ce fils pieux et instruit pour le seconder, voire lui succéder dans le ministère.

C'est un temps troublé, où – en des revirements successifs – la politique de l'Empire prétend définir la foi de l'Eglise, favorisant tel ou tel parti, exilant l'un pour le rappeler plus tard…

Combien d'évêques ont-ils été surpris à vaciller de la houlette, face à des confessions de foi dont ils ne mesuraient pas les implications ! Grégoire, le père, ne signera-t-il pas lui-même la "formule de Rimini", avant de la désavouer suite aux explications de son fils ?

Et le tout nouvel Empereur – ce Julien qui fut pourtant instruit dans la foi de l'Eglise avant de se jeter corps et âme dans les fables du paganisme, ce Julien que Grégoire, le fils, avait croisé durant leurs études, à Athènes – ne cherche-t-il pas à affaiblir l'Eglise afin de relancer les cultes païens ?

Oui, véritablement, l'évêque a besoin de son fils auprès de lui !

Mais voila, le fils ne l'entend pas de cette oreille. Prendre soin de ses parents âgés, oui, bien sûr, il le peut, il le doit. Mais être chargé d'une paroisse… voila bien une responsabilité qu'il se sent incapable d'assumer correctement, et qu'il se refuse à mal faire.

Si finalement il accepte –  à reculons – d'être ordonné, c'est dans un mouvement d'obéissance, mais avec le sentiment profond que son père vénéré lui a forcé la main : des années plus tard, il se plaindra encore de la "tyrannie" qui lui a été imposée.

Et aussitôt ordonné, il s'enfuit… pour ne reparaître que trois à quatre mois plus tard.

 

La brève homélie qu'il prononça lors de son retour pour justifier sa conduite (Discours I, chez Migne) ne lui parut sans doute pas suffisante ; aussi en rédigea-t-il une autre (ou plutôt un long traité en forme d'homélie, le "Discours II") dans laquelle il prend le temps de développer sa pensée.

 

Ce sont ces deux "discours" que j'ai mis en ligne sur Scribd et sur Archive.


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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 14:10

http://www.catholicculture.org/culture/liturgicalyear/pictures/5_9_gregory.jpg

Il y en a, des "saint Grégoire" !

Qu'il soit "de Nysse", "de Néo-Césarée", "de Rome", "de Thessalonique"…

On pourrait dire – paraphrasant Brassens – "chacun a quelque chose pour plaire, chacun a son petit mérite…", mais c'est encore d'un autre que je me suis occupé ces temps-ci.

Né à Arianze, en Cappadoce, il fut successivement évêque de Sasime (siège qu'il n'occupa d'ailleurs pas), puis de Constantinople, c'est pourquoi il est appelé (du moins en Occident) "Grégoire de Nazianze".

En fait, son père, prénommé lui aussi Grégoire, était évêque de la ville de Nazianze. Du coup, on a deux "saint Grégoire de Nazianze", mais le père est généralement appelé "St Grégoire l'Ancien", tandis que le fils, qui m'a occupé ces derniers temps, est désigné dans l'Eglise orthodoxe comme "St Grégoire le Théologien". C'est simple, non ?

Bref, "notre" Grégoire a laissé une œuvre considérable, dont presque rien n'est accessible (en français) sur internet., ce qui m'a incité à me mettre en recherche.

Le résultat est modeste : c'est plus l'orateur, le rhéteur qui a retenu l'attention des traducteurs du XIXe siècle ; et même, je n'ai pu dénicher aucune homélie pour les fêtes.

 

Enfin, si, mais dans des traductions du XVIIIe siècle, si ampoulées, si "adaptées" au goût de l'époque qu'elle en sont presque méconnaissables. Comment reconnaître l'incise de l'homélie sur la Nativité

Christ naît, glorifiez !

Christ descend des cieux, courez à sa rencontre.

Christ est sur terre, exaltez !

Chantez au Seigneur terre entière !

dans cette traduction ?

Jésus-Christ vient au monde : glorifiez-le, mes très-chers frères.

Il descend du ciel : allez au-devant de lui.

Il s'abaisse jusqu'à venir sur la terre : élevez-vous, peuple qui habitez la terre,

chantez les louanges du Seigneur...

 

(Et en plus, il y a plein de lacunes… Aussi ai-je renoncé à les recopier. Mais si vous y tenez, ils sont ici…)

Bref, rassemblant ce que d'autres avaient mis en ligne avec mes propres trouvailles, c'est finalement un petit pavé que j'ai pu placer sur internet.

Sur Scribd et sur Archive

 

Un mot sur le style de Grégoire : s'il est capable de trouver le mot qui fait mouche, la phrase percutante, il aime aussi les longs développements, les digressions qui n'en finissent pas… Au point même que, dans une de ses homélies, il se reprend lui-même de la sorte :

"Mais, diront peut-être certains de mes auditeurs, trop enthousiastes : A quoi bon toutes ces considérations ? Avance donc ! parle nous enfin de la fête de ce jour !" (Discours 45)

Comme ça, vous êtes prévenus…

 

Au fait, quel rapport avec les pizzas ?

Eh bien, celui-ci : après plusieurs soirées consacrées à préparer les textes de Grégoire, j'ai eu comme un coup de mou… sans doute les longueurs dont notre rhéteur habille parfois sa pensée, et j'ai un peu (et même complètement !) levé le pied. Grégoire était donc en train de rejoindre tant d'autres travaux que je laisse "presque achevés".

Et puis, un soir, alors qu'après une rude journée de travail j'allais chercher les pizzas commandées par Dame Cigale, je m'entends interpeler : "Alors, ça avance ces histoires de traductions ?" Un de mes interlocuteurs d'un instant, inconditionnel des éditions de l'association Guillaume Budé venait de m'apercevoir.

Du coup, le soir même, je me remettais à la tache.

 

Un dernier mot.

On trouve, sur internet, cette icône censée représenter St Grégoire le Théologien. Il n'en est rien ! Il s'agit, comme d'ailleurs indiqué sur l'icône, de St Grégoire le Thaumaturge (ou de Néocésarée) : St Grégoire le Théologien porte une abondante barbe carrée.


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Mardi 14 juin 2011 2 14 /06 /Juin /2011 13:58

 

http://www.patristique.org/sites/patristique.org/local/cache-vignettes/L400xH496/martine.patristique-eff06.png

C'est comme ça, des fois : on cherche une chose, et on en trouve une autre.

 

Par exemple, je ne sais plus ce que je cherchais, mais ce que j'ai déniché valait le déplacement :

 

En premier lieu, derrière une page d'accueil des plus spartiates, un véritable trésor : la quasi-totalité de la Patrologie grecque de Migne.

Le tout en pdf textes, donc plus lisibles, et surtout moins volumineux que les pdf images que l'on pouvait (difficilement) dénicher sur le net.

Et avec un bon "aspirateur", il est possible de récupérer l'ensemble sur son disque dur, pour des utilisations ultérieures. Pour cela, j'ai utilisé "HTTTrack" : simple d'utilisation, il a tout de même fallu une nuit entière pour tout récupérer : un peu plus de 800 Mo !

 

On a bien sûr aussi pas mal de choses sur la "Documenta catholica omnia", (dont une bonne partie de la PL, mais je trouve que c'est moins pratique…)

 

Ensuite, c'est le Liddell-Scott-Jones Greek-English Lexicon : on ne l'ouvre pas tous les jours, mais ça peut servir.

 

Enfin, à télécharger, la Biblia Patristica : Index des citations et allusions bibliques dans la littérature patristique.

Volume 1 : Des débuts de la littérature patristique jusqu'à Clément d'Alexandrie et Tertullien.

Volume 2 : 3ème siècle sauf Origène.

Volume 3 : Origène.

Volume 4 : Eusèbe de Césarée, St Cyrille de Jérusalem, St Epiphane de Salamine.

Volume 5 : St Basile le Grand, St Grégoire de Nazianze, St. Grégoire de Nysse,  St Amphiloque d'Iconium.

Volume 6 : Hilaire de Poitiers, St. Ambroise de Milan, Pseudo-Ambroise.

Supplément: Philon d'Alexandrie

En fait, c'est un peu comme la "e-catena", mais en beaucoup plus complet (et en un peu moins maniable au début…).

 

Bon, je vous laisse vous amuser…


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Samedi 23 avril 2011 6 23 /04 /Avr /2011 00:12

Descente IC XC aux enfers

Un grand silence règne aujourd'hui sur la terre.

Un grand silence et une grande solitude.

Un grand silence parce que le roi dort.

La terre a tremblé et s'est calmée parce que Dieu s'est endormi dans la chair, et qu'il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.

Dieu est mort dans la chair et les enfers ont tressailli.

Dieu s'est endormi pour un peu de temps et il a réveillé du sommeil ceux qui séjournaient dans les enfers…

 

Il va chercher Adam, notre premier père, la brebis perdue.

Il va volontairement visiter tous ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.

C'est pour délivrer de leurs douleurs Adam entravé et Ève sa codétenue qu'il y va, lui qui est en même temps leur Dieu et leur fils.

 

Descendons avec lui pour voir l'alliance entre Dieu et les hommes.

Là se trouve Adam, le premier père et, comme premier créé, enterré plus profondément que tous les condamnés.

Là se trouve Abel, le premier mort, et comme premier berger juste, préfiguration du meurtre injuste du Christ berger.

Là se trouve Noé, préfiguration du Christ, le constructeur de la grande arche de Dieu, l'Église.

Là se trouve Abraham, l'ancêtre du Christ, le sacrificateur qui offrit à Dieu par le glaive et sans le glaive un sacrifice mortel sans mort.

Là demeure Moïse, dans les ténèbres inférieures, lui qui jadis a séjourné dans les ténèbres au-dessus de l'arche de Dieu.

Là se trouve Daniel, dans la fosse de l'enfer, lui qui jadis a séjourné sur la terre, dans la fosse aux lions.

Là se trouve Jérémie, dans la fosse de boue, dans le trou de l'enfer, dans la fosse de la mort.

Là se trouve Jonas dans le monstre capable de contenir le monde, c'est-à-dire dans l'enfer préfiguration du Christ éternel.

 

Et, parmi les prophètes, il en est un qui s'écrie : "du ventre de l'enfer, entends ma supplication, écoute mon cri !" et un autre "des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, entends ma voix" - Et un autre encore : "Fais rayonner ton visage, et nous serons sauvés !"…

 

Dans sa venue, le Seigneur voulut pénétrer jusqu'aux lieux les plus inférieurs.

Aussi Adam, en tant que premier père et que premier créé de tous les hommes et en tant que premier mortel, lui qui avait été tenu captif plus profondément que tous les autres, et avec le plus grand soin, fut le premier à entendre le bruit des pas du Seigneur qui venait vers les prisonniers. Et il reconnut la voix de celui qui cheminait dans la prison et s'adressant à tous ceux qui étaient enchaînés avec lui depuis le commencement du monde, il parla ainsi : "J'entends les pas de quelqu'un qui vient vers nous !"

Et pendant qu'il parlait, le Seigneur entra tenant en main la croix, arme victorieuse. Et lorsque le premier père Adam le vit, plein de stupeur il se frappa la poitrine et cria aux autres : "Mon Seigneur soit avec vous tous !" Et le Christ répondit à Adam : "Et avec ton esprit". Et lui ayant saisi la main, il lui dit : "Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d'entre les morts et le Christ t'illuminera. Je suis ton Dieu et, à cause de toi, je suis devenu ton fils. Lève-toi, toi qui dormais, car je ne t'ai pas créé pour que tu séjournes ici enchaîné dans l'enfer. Surgis d'entre les morts, je suis la Vie des morts. Lève-toi, toi, l'œuvre de mes mains, toi, mon effigie, qui a été faite à mon image. Lève-toi et partons d'ici car tu es en moi et je suis en toi, nous formons tous deux une personne unique et indivisible.

 

À cause de toi, moi, ton Dieu, je suis devenu ton fils ; à cause de toi, moi le Seigneur, j'ai pris une forme d'esclave ; à cause de toi, moi qui demeure au-dessus des cieux, je suis descendu sur la terre, et sous la terre. Pour toi, homme, je me suis fait comme un homme sans protection, livré aux juifs dans le jardin et j'ai été crucifié dans le jardin.

Regarde sur mon visage les crachats que j'ai reçus pour toi, afin de te replacer dans l'antique paradis. Regarde sur mes joues la trace des gifles que j'ai subis pour rétablir en mon image ta beauté détruite. Regarde sur mon dos la trace de la flagellation que j'ai reçue afin de te décharger du fardeau de tes péchés, qui avait été imposé sur ton dos. Regarde mes mains qui ont été solidement clouées au bois à cause de toi qui autrefois as mal étendu tes mains vers le bois de l'arbre… Je me suis endormi sur la croix et la lance a percé mon côté à cause de toi qui t'es endormi au paradis et as fait sortir Ève de ton côté. Ma douleur a guéri la douleur de ton côté. Et mon sommeil te fait sortir maintenant du sommeil de l'enfer. Lève-toi et partons d'ici, de la mort à la vie, de la corruption à l'immortalité, des ténèbres à la lumière éternelle. Levez-vous et partons d'ici et allons de la douleur à la joie, de la prison à la Jérusalem céleste, des chaînes à la liberté, de la captivité aux délices du paradis, de la terre au ciel.

 

Extraits d'une très longue homélie pour le Samedi saint, autrefois attribuée à St Epiphane (cf PG XLIII 440-464)


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Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 14:20

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Ce dimanche 6 mars est le dernier jour avant le grand carême.

Il est dédié à l'expulsion d'Adam.

Et pour cette occasion, je laisse la parole à un de mes "chouchous" :

Lorsque Dieu eut placé l'homme dans le paradis, comme nous l'avons dit plus haut, afin de le cultiver et de le garder, il lui ordonna de manger de tous les fruits qui s'y trouvaient ; il lui défendit seulement de toucher à l'arbre de la science. Formé de terre, le voilà transporté dans un paradis ; Dieu voulait par là l'exciter à se rendre de plus en plus parfait, à se montrer Dieu en quelque sorte, et à s'élever, par degrés, jusqu'au ciel, pour s'assurer l'immortalité. L'homme avait été créé dans un état intermédiaire, n'étant ni tout à fait mortel, ni entièrement exempt de la mort, mais il pouvait être l'un ou l'autre. Il en était de même du paradis qu'il habitait ; il tenait, par sa beauté, le milieu entre le ciel et la terre. Ces mots, "pour travailler", veulent dire pour garder les commandements de Dieu, afin qu'il ne se perdît point par la désobéissance, ainsi que le malheur arriva.

L'arbre de la science était, sans doute, bon en lui-même aussi bien que son fruit ; et ce n'était pas l'arbre, comme le pensent quelques-uns, qui était mortel, mais bien la transgression de l'ordre. Car cet arbre ne renfermait autre chose que la science ; et la science est toujours bonne, lorsqu'on en fait un bon usage. Or, Adam nouvellement né était en quelque sorte un enfant, et ne pouvait encore recueillir le fruit de la science. En effet, les enfants ne peuvent manger du pain aussitôt après leur naissance ; mais on leur donne d'abord du lait, puis ils reçoivent une nourriture plus solide, à mesure qu'ils avancent en âge. Et voilà ce qui serait arrivé à Adam : Dieu lui défendit donc de toucher à l'arbre de la science, non point par jalousie, comme le pensent quelques uns, mais parce qu'il voulait mettre son obéissance à l'épreuve. Il voulait encore que l'homme persévérât longtemps dans cette candeur, cette simplicité de l'enfance. Et n'est-ce pas un devoir sacré aux yeux de Dieu et des hommes, qu'on se soumette à ses parents avec candeur et simplicité ? et si les enfants doivent être soumis à leurs parents, à plus forte raison doivent-ils l'être à Dieu, qui est le père de tous.

D'ailleurs, il ne convient pas aux enfants d'être plus sages que leur âge ne le comporte ; car la sagesse a ses degrés, aussi bien que le développement des forces corporelles. Que dirai-je encore ? lorsque nous désobéissons à une loi qui nous fait une défense, il est bien clair que ce n'est point la loi qui est cause du châtiment, mais la désobéissance elle-même, et la transgression de la loi. Blâmerez-vous un père de poser des interdits à son fils, et de le punir s'il les méprise ; toutefois la punition ne vient pas de la chose elle-même, mais de la désobéissance. Ce qui fit sortir Adam du paradis, c'est donc la transgression du précepte divin : encore une fois, l'arbre de la science ne renfermait rien de mauvais ; c'est du péché, comme d'une source funeste, que sont sorties les souffrances, les douleurs, les peines et la mort même.

Mais Dieu, dans sa miséricorde, ne voulut pas laisser l'homme éternellement esclave du péché : il le condamna à l'exil, il le chassa hors du paradis, pour le châtier, lui faire expier sa faute pendant un temps déterminé et le rétablir ensuite dans l'état d'où il était déchu. Aussi ce n'est pas sans mystère qu'après avoir raconté la création de l'homme, la Genèse fait entendre qu'il serait deux fois établi dans le paradis : la première, immédiatement après avoir été créé ; la seconde, après la résurrection et le jugement. De même que le potier brise le vase qu'il vient de faire, s'il y remarque quelque défaut, pour le refondre ensuite et le refaire tout entier, ainsi l'homme est brisé en quelque sorte par la mort, pour ressusciter ensuite plein de vigueur et de santé ; c'est-à-dire revêtu de pureté, de justice et d'immortalité.

Si Dieu appelle Adam, et lui demande : "Adam, où es-tu ?" ce n'est pas qu'il l'ignore ; mais comme il est très patient, il veut laisser au coupable le temps du repentir et de l'aveu.

On me demandera peut-être : Adam fut-il créé mortel ? Non. Fut-il créé immortel ? Non plus. Il n'était donc rien ? Ce n'est pas ce que je veux dire ; sans doute, il ne fut créé ni mortel, ni immortel ; car, si Dieu l'avait créé immortel dès le commencement, il l'aurait fait Dieu, et s'il l'avait fait mortel, il semble qu'il serait la cause de sa mort. Il ne le créa donc ni mortel, ni immortel, mais, comme nous l'avons déjà dit, capable d'être l'un ou l'autre.

En suivant la voie qui conduit à l'immortalité, c'est-à-dire en restant fidèle observateur de la loi du Seigneur, il devait recevoir de lui l'immortalité en récompense, et devenir semblable à Dieu ; mais en prenant le chemin de la mort, par la désobéissance, il se donnait la mort lui-même ; car Dieu l'avait créé libre, et ne gênait en rien sa liberté. Et aujourd'hui, par un effet admirable de sa bonté et de sa miséricorde, il rend à l'homme devenu fidèle tout ce qu'il avait perdu par sa négligence et son infidélité. C'est en désobéissant à Dieu qu'il s'était donné la mort ; c'est aussi en se soumettant à sa volonté qu'il peut recouvrer la vie éternelle. Car Dieu nous a donné une loi et de saints préceptes, qui sont le gage du salut pour leurs fidèles observateurs, et leur assurent, après la résurrection, un héritage incorruptible.

 

St Théophile d'Antioche à Autolycus II. 24-27

 

Petit rappel : les "œuvres complètes" de Théophile (les trois traités à Autolycus , le commentaire de la parabole de l'économe infidèle,  complétées de quelques autres bricoles) sont accessibles sur Archive et sur Scribd

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